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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 14:48

 

     Bonjour mes "Aminautes". Je vous offre un poème que j'aime beaucoup,

 

   d'Alfred de Musset. J'espère qu'il vous plaira.

 

               Bonne lecture et bonne soirée à vous ! A bientôt ! 

 

 

                                                                Alfred de MUSSET (1810-1857)

 

 

 

La nuit de décembre

 

 

 

LE POÈTE

 


Du temps que j'étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.                                                  2991726590_8cef95f6d0.jpg
Devant ma table vint s'asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu'au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j'allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d'un arbre vint s'asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d'une main,
De l'autre un bouquet d'églantine.
Il me fit un salut d'ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l'âge où l'on croit à l'amour,
J'étais seul dans ma chambre un jour,                                              3477212586_d80870904f.jpg
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D'une main il montrait les cieux,
Et de l'autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.

A l'âge où l'on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s'asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit ;                                                       2095970128_79d554ed42.jpg
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d'épine ;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m'en suis si bien souvenu,
Que je l'ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C'est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J'ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J'ai voulu m'exiler de France ;
Lorsqu'impatient de marcher,
J'ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d'une espérance ;

A Pise, au pied de l'Apennin ;                                                       4420031774_a56c5e44ca.jpg
A Cologne, en face du Rhin ;
A Nice, au penchant des vallées ;
A Florence, au fond des palais ;
A Brigues, dans les vieux chalets ;
Au sein des Alpes désolées ;

A Gênes, sous les citronniers ;
A Vevey, sous les verts pommiers ;
Au Havre, devant l'Atlantique ;
A Venise, à l'affreux Lido,
Où vient sur l'herbe d'un tombeau
Mourir la pâle Adriatique ;

Partout où, sous ces vastes cieux,
J'ai lassé mon coeur et mes yeux,
Saignant d'une éternelle plaie ;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M'a promené sur une claie ;
                                                                                                               3493654067_96a6f2630b.jpg
Partout où, sans cesse altéré
De la soif d'un monde ignoré,
J'ai suivi l'ombre de mes songes ;
Partout où, sans avoir vécu,
J'ai revu ce que j'avais vu,
La face humaine et ses mensonges ;

Partout où, le long des chemins,
J'ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme ;
Partout où j'ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuder mon âme ;

Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.                                                   4772438758_c563e831e2.jpg
En te voyant, j'aime la Providence.
L'aile des vents battait à ma fenêtre ;
J'étais seul, courbé sur mon lit.
J'y regardais une place chérie,
Tiède encor d'un baiser brûlant ;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d'amour.
Tout ce passé me criait à l'oreille
Ses éternels serments d'un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main :
Larmes du coeur par le coeur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !

J'enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu'ici-bas ce qui dure,
C'est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d'oubli.
De tous côtés j'y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,                                               
Mon pauvre amour enseveli.                                                                   A.DE-MUSSET.jpg

J'allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J'allais le rendre, et, n'y pouvant pas croire,
En pleurant j'en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t'en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n'aimais pas ?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures ;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien ! adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce coeur de glace
Emportez l'orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m'avez fait.

Partez, partez ! la Nature immortelle
N'a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée ;
Qui vous perd n'a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée ; -                                            3376424926_0847510f03.jpg
Eternel Dieu ! toi que j'ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m'aimes-tu ?

Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre ;
Elle vient s'asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j'aperçois dans ce miroir ?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n'a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l'ombre où j'ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu'as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n'apparais qu'au jour des pleurs ?

     



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commentaires

L
<br /> coucou chére cacao....je viens de relire ce merveilleux poéme triste , mais qui ne l'est pas où ne l'à jamais était ....dans nos vies<br /> actuelles il y a vraiment de quoi....mais je sais que tu as du gout et la littérature de musset est belle..;donc tu as fais un trés bon choix...<br /> je t'espére bien ...je t'embrasse trés fort<br /> claude<br />
Répondre
C
<br /> <br /> Merci beaucoup Claude ! Je réponds enfin...mieux vaut tard que jamais...vieux motard que j'aimais... Je sais elle est nulle et archi-connue. Bisous et à<br /> demain.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> bonjour cacao!!<br /> un superbe poème !!  j'adore , je me souvenais du début !!<br /> merci pour ce partage-<br /> bonne journée - bisous !<br />
Répondre
C
<br /> <br /> Merci Lady M. Gros bisous et bonne nuit !<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Bonjour Cacao c'est un très beau poème un peu triste de nostalgie.<br /> <br /> <br /> bon samedi  bises monique<br />
Répondre
C
<br /> <br /> Merci beaucoup Monique. Heureuse qu'il te plaise. Douce nuit à toi. Grosses bises.<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Un bien joli poème que tu nous offres là CACAO , j'aime beaucoup<br /> <br /> <br /> J'espère que tu vas bien , je ne savais pas pour ton bras<br /> <br /> <br /> Courage<br /> <br /> <br /> Gros bisous<br /> <br /> <br /> TIMILO<br />
Répondre
C
<br /> <br /> Merci beaucoup cher Timilo. Ravie que ce poème t'ait plu. Le bras et le poignet, ça va doucement. Demain radio, puis changement du plâtre devenu trop grand<br /> maintenant que l'oedème a dégonflé Bisous et bonne nuit !<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Bonsoir cacao, <br /> <br /> <br /> merci de ce partage, C'est troublant ce poème...un état d'âme...<br /> <br /> <br /> Bonne soirée<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> ps: j'espère que tu vas mieux, j'ai cru lire à la volée que tu avasi eu des ennuis avec ton bras.<br /> <br /> <br /> Bon rétablissement<br /> <br /> <br /> Bises<br />
Répondre
C
<br /> <br /> Bonsoir Covix, heureuse que tu aies aimé ce poème. J'aime bien ce qui est étrange. Mon bras et mon poignet vont mieux, l'oedème a bien dégonflé. Demain radio<br /> et changement du plâtre devenu trop grand. Bonne nuit ! Bises.<br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> C'était peut-être un ange noir... joli poème de Musset que je ne connaissais pas... peut-être cet ange était-il une construction de son esprit pour le consoler... ou alors un être féérique...<br /> mais maléfique grosses bises Cacao ! Bonne soirée !<br />
Répondre
C
<br /> <br /> Bonsoir K Pou ! Oui, je crois que c'est ça. Son esprit s'inventait un double... J'aime les choses étranges. Bonne nuit ! A bientôt !<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> merci cacao, j'aime beaucoup ce poème, un peu nostalgique mais d'une grande sensibilité...allez décembre avance pour retrouver les beaux jours et le sourire ...gros bisous à bientôt ..Mamoune<br />
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C
<br /> <br /> Bonsoir Mamoune ! Oui ce poème est beau. J'aime l'étrange... Je te fais de grosses bises.<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> Beau poème merci de le partager passe une douce soirée ici c'est beaucoup de vent bisous j'espère que tu vas mieux bisous tous doux evy<br />
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P
<br /> Oh un grand merci pour ce sublime poéme! j'en suis toute ému!<br /> <br /> <br /> et puis j'aime les  illustrations que tu as choisi: le portrait d'Alfred de Musset et aussi son poéme manuscrit, la caligraphie est un language de la personne dans un language<br /> <br /> <br /> bisous<br />
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C
<br /> Bonsoir Cacao<br /> <br /> <br /> J'aime beaucoup Alfred de Musset... son poème "le poète" est magnifique ! La vie, son souffle, ses saisons du coeur, en ce mois de décembre, où tout s'endort, cette poésie, est un bijou, j'aime<br /> ces textes très profonds qui vous font ressentir de bien belles émotions, si tristes et froides et glaciales qui arpente les corridors et les couloirs de l'âme d'un poète... n'avons-nous<br /> pas nous même... une ombre en retrait qui attend de venir s'asseoir à notre table.... Très belle mise en page Cacao ! merci une fille de décembre, poètesse, dépose sa rose d'hiver en<br /> hommage à ton poème dédié à Monsieur de Musset ! Gros bisous, et très bon week-end ! A bientôt. merci de tes venues Cacao ! Corinne (Cronin)<br /> <br /> <br />  <br />
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M
<br /> Bonsoir Cacao,<br /> <br /> <br /> Tu as l'air nostalgique , peut-être le temps?<br /> <br /> <br /> Merci de nous rappeler ce poète, un peu oublié.<br /> <br /> <br /> Belle soirée, bisous, Mireille du Sablon<br />
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L
<br /> cacao...je comprend que tu aimes cette poésie au portrait d'un homme et de sa vie...c'est formidablement bien écrit ....bonjour<br /> tristesse....même écrit avec finesse...çà perturbe l'esprit....mais je reconnais que tout ce qu je viens de lire....beaucoup de gens doivent se sentir concernés...parfois dur , parfois<br /> tendre...la vie n'à rien d'autre à prétendre...que d'imposer sa dureté...mais là c'est beaucoup plus qu'un poéme ...c'est un roman au chant de luth....car sans arrêt de sa vie il lutte...pour ne<br /> jamais trouver la paix...il aurra passé une vie à chercher...sans jamais se libérer ne pour pas réussir à trouver....sa liberté d'être...bonne soirée à toi<br /> je t'embrasse<br /> claude<br />
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