A VOUS DE JUGER . . .
ET SURTOUT, PROFITEZ DU BEAU TEMPS !
" Une semaine après son entrée au gouvernement,
Arnaud Montebourg condamné pour injure. "
A peine nommé ministre, Arnaud Montebourg a vu
sanctionner mercredi son franc-parler par le tribunal
de grande instance de Paris qui l'a condamné à un
euro de dommages et intérêts pour avoir injurié
les anciens membres de la direction de SeaFrance.
Ancien avocat, le ministre du Redressement productif
devra verser un euro de dommages et intérêts à chacun
des demandeurs - Pierre Fa, Katherine Burro-Fleta,
Jean-Claude Dechappe, Jean-Luc Drugeon et
Vincent Launay - pour les avoir traités d'"escrocs"
en septembre 2011. Ils devra également leur payer
3.000 euros au titre des frais de justice et faire
publier sa condamnation dans la Voix du Nord.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a estimé que la
condamnation de Montebourg n'était pas de nature à
l'exclure du gouvernement.
"Le principe affirmé par le président de la République
est clair: il faut des responsables politiques exemplaires.
Toute condamnation qui disqualifierait un responsable
politique pour des actes contraires aux valeurs de la
République conduirait à l'exclure du gouvernement",
écrit-t-il dans un communiqué intitulé:
"Rappel de la règle relative à la condamnation frappant
un ministre".
"Aucun membre du gouvernement n'est aujourd'hui
dans ce cas de figure", ajoute-t-il.
Dans une interview au JDD le 15 avril, le candidat
Hollande avait pris l'engagement de ne pas avoir
"autour de (lui) à l'Elysée des personnes jugées et
condamnées".
Interrogé par l'AFP, le cabinet du ministère du
Redressement productif a répondu qu'il n'y aurait
"aucun commentaire, aucune réaction" d'Arnaud
Montebourg..
LES FAITS :
En campagne pour la primaire socialiste, Arnaud
Montebourg s'était exprimé après une visite à Calais,
locaux du Syndicat maritime Nord CFDT.
"On parle souvent de patrons voyous, là il s'agit d'une
entreprise publique, c'est curieux... On ne fera pas de
miracle, mais on peut dire à la SNCF que s'ils sont des
incapables et qu'ils ont mis des escrocs à la tête de
SeaFrance, ils vont l'aider à se relever", avait déclaré
l'ancien député, dont les propos avaient été repris dans
La Voix du Nord du 27 septembre.
Se sentant offensés, le patron de SeaFrance, Pierre Fa,
et les quatre autres membres du directoire avaient
assigné l'élu socialiste pour injure.
Mercredi, la 17e chambre civile n'a pas retenu les
termes d'"incapables" et de "patrons voyous", mais a
jugé que le terme "escrocs" était "incontestablement
outrageant".
Le tribunal a débouté les demandeurs de leurs
poursuites contre la Voix du Nord.
"M. Montebourg a fait de l'extravagance son fond de
commerce" et face à la situation de SeaFrance "je
trouve ça lamentable", avait regretté M. Fa, présent à
l'audience du 4 avril, contrairement à M. Montebourg.
L'avocat d'Arnaud Montebourg, Me Vincent Toledano,
avait rétorqué que le terme d'escroc était tout à fait
justifié, puisque l'ancien patron, avait-il rappelé, avait
été "condamné à neuf mois de prison avec sursis et
40.000 euros d'amende" pour avoir "assisté au
détournement de 305 millions d'euros de fonds publics
dans l'affaire Elf, dont il était directeur de l'audit.
"M. Fa est un familier des caisses noires et il n'a
jamais rien fait", avait continué Me Toledano.
Le tribunal n'a pas partagé cette analyse.
"C'est vainement qu'Arnaud Montebourg invoque" cette
condamnation de 2003, peut-on lire dans le jugement,
car "il n'est en effet pas prétendu que cette
condamnation aurait été prononcée pour des faits
d'escroquerie et soit en lien avec la situation de la
société SeaFrance".
Le tribunal reconnaît que "les hommes politiques doivent
faire preuve d'une plus grande tolérance à la virulence
de la critique", mais nuance-t-il, "cela ne signifie pas
qu'à l'inverse, ils disposent d'une plus grande liberté
d'expression que les autres citoyens pour manier
l'invective".
Toutefois, considérant "le contexte conflictuel dans
lequel les propos ont été tenus", le tribunal n'a alloué
qu'un euro aux demandeurs, au lieu des 10.000 euros
réclamés par chacun.
La liquidation définitive de SeaFrance, la dernière
compagnie française de ferries à relier Calais et
Douvres, a été prononcée le 9 janvier après plusieurs
semaines d'incertitude sur son avenir.
Ce n'est pas la première fois qu'un ministre est
condamné : l'ancien ministre de l'Intérieur Brice
Hortefeux (UMP) était resté en fonction en dépit d'une
condamnation pour atteinte à la présomption d'innocence
et d'une autre pour injure raciale, suivie d'une relaxe
en appel.