Les quatre enfants devenaient un peu grands, et la maman se faisait du
du souci. Les escaliers de la cave étaient si dangereux, elle contenait tellement
d'objets hétéroclites qui les attireraient. Ils pourraient se blesser en jouant. Elle
devait absolument trouver une idée pour les empêcher de descendre.
Alors elle leur dit que dans la cave vivait Claudin. C'était un vieil homme
difforme, affreux et très méchant, qui ne supportait pas que l'on rentre chez lui.
Depuis ce jour, les enfants se racontèrent à tour de rôle les bruits étranges qu'ils
entendaient parfois en s'approchant de la porte fermée. Le râclement d'une jambe
qui traînait. Des bruits d'outils. Des bruits de chaîne. Des grognements. Plus ils
inventaient d'histoires horribles, plus ils finissaient par y croire.
Puis ils grandirent . . .
Mais chaque fois qu'ils devaient aller à la cave, quelqu'un ne manquait jamais
de leur rappeler :
"Fais attention, quand même, ne réveille pas Claudin ! "
Bien sûr, cela les faisait rire. Mais ils ne pouvait s'empêcher d'avoir un petit
battement de coeur en descendant les marches. Un frisson à la fois agréable
et juste un peu inquiétant, exprès, pour goûter au souvenir.
Puis arriva la génération des petits-enfants. L'aîné d'entre eux, informé par la
mamie avec l'assentiment des parents, se chargea de prévenir le suivant, et ainsi
de suite . . . La légende, bien entretenue, plaisait toujours.
Et eux aussi grandirent . . . On fit souvent du vide et des rangements à la cave.
Toujours avec un amusement mêlé d'un sentiment spécial. Un peu de nostalgie.
On parla parfois d'objets déplacés ou disparus, avec de petits sourires qui en
disaient long.
Un jour l'on décida de vendre la maison.
Lorsque l'affaire fut pratiquement conclue, la plus jeune des petits-enfants eut
l'idée de déclarer :
"Aux nouveaux propriétaires, ne croyez-vous pas qu'il faudrait leur parler de
Claudin ? Après tout, on leur laisse maintenant . . ."
