Au moment où la France (entière ?) attend l'annonce de l'heureux
évènement... à l'heure où j'écris, peut-être est-il déjà né, le divin enfant ... je repense
à l'histoire racontée par mon grand-père...
En effet, dans le cas qui nous occupe, le futur grand-père paternel du bébé élyséen
avait donné à la presse, comme date probable de naissance, le 3 Octobre.
Comme le temps passe, passe, je me demande depuis quelques jours si un enfant
d'exception ne doit pas être porté dix mois...
Qui sait ? En tout cas, ce fut le cas pour mon grand-père...
Il vous manquera son accent et sa gouaille de Titi Parisien, mais j'espère vous amuser
quand même :
-- Dis donc, ma p'tite fille, tu sais pas qu'moi, j' suis né à 10 mois ?
( Je précise qu'il était né en 1899, et qu'à l'époque les gynécologues-obstétriciens... )
-- Oui, tiens-toi bien, à 10 mois ! C'est pour ça qu' j'pesais onze livres !
Et qu'plus tard, j'ai résisté à la tuberculose !
D'ailleurs, j'ai failli mourir aussi à trois jours ! Et ma grand-mère a failli m'perdre
dans l'train à 8 jours...
(Là, je me demandais, en l'écoutant, s'il ne délirait pas ...)
-- Oui, c'est comm' j't'l' dis, à trois jours, j'ai failli être étouffé... par une tranch'
d'orange ! Tu sais qu'ma mère était concierge. On vivait tous dans la loge.
Comm' j' pleurais, ma grand-mère, qui m'gardait, et qui était en train
d'bouffer une orange, a voulu, pour m'rafraîchir, m'en faire sucer une tranche.
J'étais si goulû qu'j'l'ai avalée. . . Y paraît qu'j'suis d'venu tout rouge, qu'j'ai
toussé un moment, parce qu'ça passait pas, et qu'la mémé a crié :
"Seigneur Jésus, Marie, Joseph ! J'ai tué c'gosse. !"
Ma mère s'est affolée, les deux femmes m'ont bien secoué . . . Ben, fausse alerte,
j'suis pas mort, ça a passé, pourtant elles m'ont dit qu'la tranche était grosse !
Et c'est pas fini ! La grand-mère, elle était v'nue pour l'accouch'ment, et huit
jours après, elle devait m'ram'ner dans sa campagne, où on m'avait trouvé une
nourrice. Parce qu'l'air de Paris, soi-disant qu'c'était pas bon pour les bébés...
Tu parles ! J'pesais onze livres !
Et v'la la mémé qui s'embarque avec moi dans l'train ! C'était long les voyages
dans c'temps...si bien qu'à un arrêt en gare. . . elle est descendu, pour trouver des
pissotières, p'têt' . . . Y d'vait pas y en avoir dans l'wagon t'penses bien. . .
Ou alors elle est allée dans l'herbe, j'sais pas. . .
Bref, quand elle est rev'nue d'son affaire, l'train démarrait ! Elle s'est mis à courir
derrière, tu parles ! ! Cours toujours...
Alors, la pauv' vieille, elle crie au chef de gare:
-- M'sieur, M'sieur, arrêtez l'train ! J'ai mon p'tit fils qu'est d'dans tout seul !
-- Vous inquiétez pas M'dame ! Y dira son nom à l'arrivée ! Et vous prendrez
l'train suivant !
-- Mais M'sieur, il a huit jours !
( Là, je me suis demandée si par hasard mon grand-père, que j'admirais tant, savait
déjà parler à huit jours. . . Mais apparemment non. . . Car il poursuivit. . .)
. . . Alors, l'chef de gare, y s'est mis à rire, et y lui a dit, à la mémé :
-- Mais non, ma bonn' dam' ! J' plaisantais... Vous inquiétez pas ! Vot' train . . .
Il est pas parti. . . Y manoeuvre . . . !
A D'main . . .
Dans l'train . . .
( Si par hasard une autre histoire sur le grand père vous intéresse, vous pouvez lire l'article :
" Les glaçons aux moustaches " )

