Monsieur et Madame De V ........ étaient membres d'une des deux familles
nobles du village. Ils entretenaient peu de contact avec la plèbe, se bornant à
quelques saluts polis.
Leur demeure était entourée d'un assez grand parc, clos d'une haie très haute,
qui n'empêcha pas, un beau jour, un chat noir angora de s'y présenter.
Perdu depuis quelque temps, il s'était débrouillé pour survivre jusqu'à l'entrée
de l'hiver.
Lorsqu'il ne trouva plus grand chose à chasser, il se résolut à s'approcher de la
maison, et Mme De V ....... l'aperçut quelquefois, sans y prêter grande attention.
Elle remarqua néanmoins qu'il était de plus en plus maigre. Il avait l'habitude de
monter sur l'appui de fenêtre du salon, d'où il la regardait, occupée à sa lecture.
Un après-midi très froid, il osa un léger miaulement, assez plaintif, et Mme De V ......
lui donna quelques restes de viande, qu'il dévora avec avidité.
Elle prit l'habitude de le nourrir sur l'appui de fenêtre, et de le regarder la regarder.
Arriva Décembre, puis mi-Janvier. Le chat était fidèle au poste.
Mme de V ...... supposait qu'il dormait dans quelque grange et n'avait finalement
pas si froid que ça.
Elle remarqua un jour qu'il était blessé à l'épaule et que la plaie, assez importante,
saignait souvent et suintait. Elle ne s'en inquiéta pas, il se léchait, elle pensait
qu'il finirait par cicatriser. Le temps passa, il venait sur la fenêtre, mais ne
mangeait guère.
Elle se dit qu'il se rassasiait de souris dans les granges, et ne s'en fit pas.
Puis il ne mangea plus du tout, il la regardait simplement. Elle vit qu'il avait
encore maigri et se traînait. L'observant plus attentivement, elle remarqua
que sa plaie était très vilaine et pleine de pus. Elle décida donc de le faire soigner,
l'attrappa sans difficulté (il était fort faible) et l'emmena chez le vétérinaire.
Il fut examiné, reçut une piqûre d'antibiotique, et un traitement à prendre.
Mme de V...... n'aurait pas cru qu'il était presque trop tard. Le vétérinaire lui dit
que cela aurait été dommage, car c'était un beau chat, presque de race, et, vue
la conjoncture, elle décida de le prendre chez elle.
Après concertation avec son époux, elle le baptisa Ming.
Dès qu'il fut sur pied, elle appliqua à la lettre les conseils du vétérinaire : lui faire
son premier vaccin et le stériliser. L'opération eut lieu la veille du départ de M. et
Mme V....aux sports d'hiver. Elle souhaitait partir l'esprit tranquille.
Le matin de leur départ, de très bonne heure, Ming était encore un peu endormi
par l'anesthésie. Mme de V...... l'enferma dans sa petite "chambre", lui laissa deux
grands saladiers d'eau, plusieurs bols remplis de croquettes, des bacs à litière ...
et partit tranquille.
A son retour, quinze jours plus tard, Ming avait disparu. Elle constata qu'il avait
très peu mangé. Elle fouilla tous les recoins de la maison, s'attendant plus ou
moins à le retrouver mort, l'appela cent fois, pas la moindre réponse, pas de trace
du chat.
Par où était-il sorti, cela resterait un mystère ...
A LA REVOYURE . . .
DANS MA VOITURE . . .
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