Aux petites lueurs de l'aube, ce matin du 21 Juin, Cacao était
dans la noyeraie. Les gamelles étaient mangées, mais comme d'habitude ses
appels restaient sans réponse.
Ce serait pour ce soir, avec Prunie L'aventurière elles s'en étaient persuadées
la veille devant le feu de cheminée.
La journée fut longue, puis elle attendit P.L.'A. Elles avaient décidé d'y aller en
voiture, et de se garer le plus près possible des noyers, car si elles attrappaient
Miso, elles craignaient trop qu'il leur échappe et disparaisse à nouveau.
Cacao conduirai , P.L'A. serait chargée de tenir le chat, à tout hasard elles avaient
pris un panier de transport, mais si la bête gigotait trop, il ne serait pas facile de
l'y faire rentrer.
Elles se garèrent et mirent leurs doudounes malgré la chaleur. Dans leurs poches,
les gants de moto attendaient d'être utiles ...
Pas de Miso en vue dans la noyeraie. Elles appelèrent, agitèrent les croquettes,
puis s'assirent un moment. Il faisait très doux, ce premier soir de l'été donnait
des envies de bonheur, mais l'inquiétude les empêchait d'en profiter .
22h approchaient, la nuit serait bientôt là, même si le soleil couchant idéalisait
le paysage dans sa lumière orangée.
Elles reprirent leurs appels, très fort à cause du bruit de la circulation. Ce serait
pire à partir du 1er Juillet, et puis Miso, chat d'appartement, saurait-il survivre
longtemps dans la nature ? Quoi que ... Les animaux s'adaptent, les réflexes
ancestraux reviennent ... le grand danger restait la route.
Les voitures passaient par vagues, il y avait quelques instants de calme, puis
les bruits de moteur grandissaient à nouveau. A chaque petite accalmie, vite
elles appelaient, encore plus vite elles écoutaient.
Après le troisième appel, un miaulement très fort, et répété, se fit entendre. Il
ne venait pas de loin, mais d'où ? A chaque moment de silence relatif, elles
tentaient de repérer la direction du miaulement. En fait, il semblait venir de
l'autre côté de la route, de tout près ...et de haut !
Elles levèrent les yeux et aperçurent, perchée sur la falaise, une minuscule
tache noire qui miaulait de toutes ses forces. Que faire, comment atteindre le
chat ? Si on l'appelait de nouveau, s'il descendait et traversait la route, il se
ferait écraser sous leurs yeux, elles en étaient sûres ...
Tant pis, c'était à elle d'y aller, de trouver le moyen de grimper ... et ensuite ?
Elles traversèrent, tout en parlant au chat, qui ne cessait de répondre.
Il se trouvait juste au-dessus du virage où sa maîtresse avait eu son accident ...
Peut-être guettait-il de là-haut chaque nouvelle voiture, espérant son retour ...
On pouvait contourner la falaise, et grimper par un genre de faux petit sentier
très étroit et dangereux. Cacao avait toujours eu le vertige, mais, bravement,
elle suivit P.L'A. dans son escalade. En bas, dans le creux de la vallée, il faisait
presque noir, mais plus on montait, mieux on y voyait. Ces minutes furent
extraordinaires, elles s'élevaient, hors du temps, vers le soleil couchant ...
Surtout ne regarde pas en arrière, ni en bas, se répétait Cacao.
Prunie avançait, elle fut bientôt très prés du chat, qui recula. Elle ne bougea
plus, lui parla. Tout doucement, elle sortit de sa poche une poignée de
croquettes, pour l'appâter. Elle les posa au sol, fit quelques pas en arrière et
s'accroupit. Cacao la vit enfiler ses gants de moto ... Le chat alla vers les
croquettes, surveillant Prunie. Allait-elle bondir ? Cacao la vit dans sa tête
basculer "par-dessus bord", le chat dans les bras, et s'écraser sur le bitume.
Le vertige la submergea, elle ferma les yeux ... Non, ça ne pouvait pas arriver.
Tout irait bien ... tant de fois dans sa vie Cacao s'était répété ces mots : mais
non, tout ira bien maintenant ... et tant de fois une catastrophe s'était produite ...
Elle se força à regarder. Prunie bondit une première fois, rata son coup. Le chat
recula, effrayé. Elle continua à avancer, accroupie, les croquettes dans la main,
très lentement, au ras de la falaise ... et au ras du chat ...
Quelle aventurière, cette Prunie, se disait Cacao, plus morte que vive !
Il l'observait, fasciné ...
Prunie savait très bien faire de petits miaulements, en cela Cacao l'égalait.
Quelques secondes plus tard, elle caressait la bête. Elle ne se pressa pas, il
mangeait dans sa main . Puis il tourna autour d'elle, toujours accroupie, et se
frotta, d'abord une fois, un peu timidement, puis plusieurs. Il tournait, tournait,
et Cacao l'entendit ronronner. Prunit le prit doucement, et tout en se relevant,
le fit passer à l'intérieur de sa doudoune, laissant juste sa tête sortir.
C'était risqué, mais Miso ne tenta pas de fuir. La descente fut plus difficile que
la montée, Cacao, en tête pouvait s'accrocher avec ses deux mains aux rares
genévriers près du sentier. Prunie n'en avait qu'une. De l'autre, elle bloquait Miso.
Plus on descendait, plus il faisait sombre. De retour à la "civilisation", le bruit
des moteurs s'amplifiait. Mais les phares des voitures arrivant en face aidaient
un peu finalement ... Cacao chuchota à son amie qu'elle revenait le plus vite et
le plus près possible avec la voiture, mais toutes deux savaient déjà qu'il serait
impossible, en plein virage, de s'arrêter au bas de la falaise, sauf à vouloir se
suicider.
Il faudrait donc que Prunie traverse songeait Cacao en courant maintenant vers
la voiture. Et que le jeune Miso, affolé par le bruit, ne saute pas au milieu de la
circulation, pour, s'il en réchappait, s'enfuir on ne sait où ...
Cacao, au volant, arriva à toute vitesse au bout du petit chemin qui débouchait
sur la Nationale.
Elle vit Prunie, écoutant les moteurs. Lorsqu'elle entendit que c'était possible,
elle s'élança et commença à traverser la route. Cacao l'admira de ne pas courir
pour ne pas effrayer le chat, qu'elle tenait serré très fort contre sa poitrine.
Comme elle devait avoir chaud dans sa doudoune ! Cacao elle-même était en
sueur, mais n'avait pas le temps de se déshabiller. Côté passager, elle ouvrit
la portière, et ... un énorme camion descendant la côte lui boucha la vue.
Elle n'eut pas le loisir d'avoir longtemps peur de ce qui pouvait se passer sans
qu'elle le voie, car 1/4 de seconde plus tard Prunie avait déjà sauté dans la
voiture et réussi à refermer la portière sans lâcher le chat ...
Il n'y eut pas besoin de boîte de transport, car, dès que Cacao eut reculé au
calme du petit chemin, Miso se montra très affectueux, d'abord avec Prunie,
puis avec elle. Il "poussait" avec sa tête contre leurs mains quand on le
caressait. Il grignota encore quelques croquettes, but docilement quelques
gorgées d'eau, et ne bougea pas des genoux de Prunie lorsque la voiture se
mit doucement en route. Les phares éclairèrent ce qui avait été des bordures
pleines de fraises des bois, on repassa devant la maison de Cacao, se disant
en riant de bon coeur que si Maurice savait qui on caressait dans la voiture ...
Et l'on arriva chez l'amie artiste-peintre de Cacao, celle dont on a parlé au
début de notre histoire.
Cacao sonna, laissant Prunie avec son nouvel adorateur dans la voiture.
Si l'amie ne dormait pas encore, ce qu'elle affirma, elle le cachait bien. Car
elle mit vraiment longtemps à répondre, et lorsqu'elle ouvrit, sembla un peu
ébourriffée ... En tout cas, on ne vit pas trace de son mari ... mais on entendit
derrière une porte un "léger" ronflement assez éloquent.
L'animal fut promptement enfermé et installé dans la petite pièce préparée
depuis longtemps à cet effet. Rien ne manquait à son confort, vous le supposez
bien. Il y resta trois jours, avec de nombreuses visites ... Le matin du quatrième
jour, l'amie de Cacao raconta qu'il dressa l'oreille en entendant une voix ...
Celle de sa maîtresse qui arrivait, guidée par Cacao. Les retrouvailles furent
celles que vous imaginez ... et depuis ce temps-là, Miso coule des jours heureux
auprès de sa maîtresse qui, jamais, plus jamais, ne l'emmène en voiture ...
A PLUS . . .
DANS L' AIRBUS . . .
