Il était âgé et veuf. Il s'ennuyait et passait ses journées à ruminer sur son
passé. Un jour, une laverie automatique s'est ouverte au-dessous de chez lui.
Après quelque temps, par curiosité, il y entra. Il prit l'habitude d'aller s'y asseoir
pour observer les gens. Certains lui parlaient, et lui, si taciturne, commença à y
prendre goût. Pendant que leur linge tournait, il n'hésitait plus à engager la
conversation. Il était devenu familier des machines, donnait des conseils pour
leur utilisation, préconisait le meilleur temps de séchage.
Avec les habitués, il était aux anges. Il proposait de surveiller la machine à celui
qui avait une course à faire, aidait à plier le linge sec. Dans ses poches, il avait
toujours de la monnaie pour "dépanner".
Il faisait bon dans cette laverie, l'éclairage vif et le va-et-vient le revigorait.
Il y passait le plus clair de son temps.
Tant de personnes différentes à découvrir. Toutes ces vies à imaginer. Ou à
connaître, lorsque certains se confiaient. Il trouvait bien intéressant de comparer
les différents soucis des autres. Peu à peu, il devint fin psychologue, essayant de
trouver les mots justes pour chaque cas. Il se sentait utile. Souvent quelqu'un, se
levant pour partir, lui serrait la main en disant :
-- Content d'avoir discuté avec vous. Vous m'avez remonté le moral !
Cela le rendait heureux. Il rentrait chez lui satisfait de sa journée, prêt à
recommencer le lendemain.
Et, à la première heure, il descendait en sifflotant . . .
