C'est très difficile de parler de la douleur, plus encore de l'expliquer.
Physique ou morale, si elle est profonde, elle ne laisse pas le moindre
répit. Pas de cesse, sauf quelques heures parfois, quend on réussit à
somnoler. On dit que les grandes douleurs sont muettes, et l'on constate
souvent que c'est vrai.
Ce ne sont pas ceux qui se plaignent le plus, "chouinent", pleurnichent ou
jérémient pour apitoyer leur entourage, se faire consoler si possible, ce
ne sont pas ceux-là qui savent ce qu'est la souffrance. Des grabataires,
parfois couverts d'escarres, savent encore vous sourire et vous parler de
vie, d'espoir et d'amitié. Leur corps torturé et amaigri en dit long sur ce
qu'ils ont traversé, et sur ce qu'ils auront encore, hélas, à affronter, tant
que leur coeur ne lâchera pas... Car lorsqu'on a grand coeur, n'est-ce pas,
il bat plus fort et plus longtemps que les autres...
Et se montre, s'expose, la cohorte des "chouineuses" et "chouineurs", ceux
qui se croient le nombril du monde, contents d'eux, pas trop des autres...
Toujours fins prêts à faire leurs intéressants, à démontrer que leur cas
"terrible" est exceptionnel, à innonder le monde de leurs "douleurs" intenses
et perpétuelles.
" Quand la douleur s'déplace, c'est qu'c'est pas bien grave !", disait ma
mère... Elle n'avait pas tort, la fûtée !
Quant aux douleurs morales, liées ou non aux douleurs physiques,les vraies,
les grandes, celles que l'on n'oublie pas, ou alors quelques heures, si par
chance le bienfaisant sommeil veut vous prendre dans ses bras, vous câliner
un peu, celles-là ne sont pas moindres. Que ceux qui "chouinent" lorsqu'ils
paient trop d'impôts, ont eu un accrochage en voiture, ou doivent reporter
un voyage au soleil à cause d'une grêve-surprise, se taisent. Cessons de
leur prêter attention !
Tiens, mon mari est grognon, alors je "suis chagrin" ... que faire ... me
plaindre à plus ennuyé que moi, déstabiliser un plus faible, et repartir
"requinquée", la fleur aux dents et le coeur léger ...
Bof ! Ma femme m'agace, je la trouve désagréable ou méchante, tiens, si
j'allais pleurer dans le giron de celle d'un autre ! L'autre est malade ?
Il l'attend, a grand besoin d'elle, qu'y puis-je ? Moi d'abord... Et si elle
est fragile, perturbée, tant mieux pour mes affaires, une petite aventure
vite fait, bien fait me redonnera le moral !
Mon collègue de bureau m'ennuie, depuis qu'il a perdu son fils, sa belle-
fille et leur bébé dans un accident de voiture, il a toujours besoin de
parler. Bon, sa femme a un cancer, elle n'est pas la seule sur terre !
S'il croit que je n'ai que ça à faire de rester le soir pour écouter ses
pleurnicheries ! J'ai mes soucis, moi aussi ! Cette affaire de permis de
construire qui traîne pour ma résidence secondaire, sur le terrain hérité
de ma vieille tante, me travaille.
C'est vrai, quoi, chacun ses problèmes...
A PLUS . . . DANS L'AUTOBUS . . .
