-- Le magasin va bientôt fermer, Monsieur, dit le vendeur à l'homme qui tournait en
rond depuis un bon moment.
-- Je sais, je sais, mais je voudrais acheter une tronçonneuse.
Alléché, le vendeur pensa qu'un petit effort valait la peine. Evitant le regard oblique
de la caissière courroucée qui se tortillait sur son siège, il commença à faire l'article.
S'enquit de l'usage que le client voulait en faire, détailla avec soin les avantages des
différents modèles qui pourraient convenir, leurs prix, leurs performances. Le client,
l'air vivement intéressé, posait toutes sortes de questions pertinentes.
Il sembla porter son choix sur une magnifique tronçonneuse, et le vendeur ravi
sentait déjà "l'affaire dans le sac". Et tout à coup l'homme dit :
-- Finalement, je voudrais plutôt voir les taille-haies !
Le vendeur sursauta. Avec un peu moins de patience, mais toujours poli, il décrivit
les performances de chaque taille-haies . . .
Sur sa chaise, la caissière qui semblait au bord de l'apoplexie, essayait de respirer
calmement en regardant ailleurs. Enfin, le client déclara :
-- Celui-ci ne me déplaît pas. Je le prends . . . Non, attendez... Finalement je vais
réfléchir... Je repasserai.
Et il sortit sans se presser, jetant un coup d'oeil à quelques autres rayons.
-- Que veux-tu, on sait bien que le client est roi, dit le vendeur à la caissière . . .
-- Oui, et celui-là, c'est le roi des égoîstes. Je le connais. Il est à la retraite, il a toute la
journée pour venir . . . En plus, je peux te dire qu'il n'a ni terrain, ni jardin. Et pas
plus d'arbres que de haies à couper !
-- Alors, tu vois, c'est peut-être à cette heure-ci qu'il s'ennuie. . .

