24 juillet 2011
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La robe et les chaussures de Prunie L'aventurière.
Le "grand jour" est arrivé. Prunie L'Aventurière, "fine" prête, habillée,
chaussée, maquillée, parfumée, grâce aux bons soins de Cacao, fonce au mariage.
Le temps est splendide, presque trop chaud. Il ne faudrait pas que le maquillage
fonde ! Les talons un peu hauts l'inquiètent. Il faudra marcher avec précaution.
En tout cas, la robe est parfaite, c'est le principal. En l'enfilant, elle a juste noté
avoir légèrement grossi depuis le réveillon manqué. Mais, depuis la veille, elle
a pris la précaution de ne rien manger. Juste boire de la tisane.
A la mairie, les invités sont sur leur 31. Elle est fière d'avoir trouvé un sac assorti
à ses chaussures. Elle connaît beaucoup de monde, et a plaisir à retrouver des
amis pas vus depuis longtemps.
La mariée est rayonnante, le marié très ému. Le discours de Monsieur le Maire
simple et sincère. Tout va bien.
Pas de cérémonie religieuse. On passe ainsi plus vite aux choses sérieuses :
l'apéritif, où sont conviées une centaines de personnes.
Petit bémol à l'ambiance festive : on entend les pompiers, et quelques minutes
plus tard, un invité curieux annonce être allé aux nouvelles : un jeune homme
vient d'avoir un accident de parapente, il est malheureusement décédé.
La sensible Prunie trouve soudain la sangria moins fruitée, mais qu'y faire . . .
Et puis un monsieur l'agace, il la colle un peu trop. Plus très jeune (comme elle ?),
un peu éméché, et surtout assez lourd dans ses commentaires.
Vivement le repas ! Pourvu que le type n'y soit pas invité ! Mais non, cela se
passe en petit comité. Seuls les intimes vont au restaurant. Celui-là ne peut être
un ami personnel des mariés. Il ne leur "ressemble" pas du tout.
Des jeunes dansent déjà. La plupart des gens vont d'ailleurs rester là. Le buffet
est copieux, l'ambiance à la joie. Les "dîneurs", une trentaine de personnes, les
retrouveront ensuite pour danser "jusqu'au bout de la nuit". Sauf que Prunie a
déjà mal aux pieds . . .
Enfer et damnation ! Le casse-pieds est au restaurant, heureusement placé assez
loin. Il semble décidé à entreprendre sa voisine de table. Ouf !
Prunie fait honneur avec empressement au délicieux repas. Un peu trop d'ailleurs.
Sa robe la serre de plus en plus. Elle cesse de manger, et se persuade qu'en ne
bougeant pas trop la robe tiendra le coup. Il ne manquerait plus qu'elle craque
aux entournures. Mais non, les coutures sont solides, Cacao l'a vérifié.
L'on retourne dans la salle des fêtes pour le champagne et la pièce montée . . .
L'ambiance est à son comble. Chaleureuse, sans fausse note.
Sauf que le casse-bonbons a dû se faire éconduire par sa voisine de table. Car
il semble chercher quelqu'un. Mais il ne marche plus trop droit, et son regard
vitreux augure mal de ses chances de retrouver celle sur laquelle il a décidé de
se rabattre.
Prunie L'Aventurière, déchaînée sur la piste de danse, ne s'en préoccupe pas.
Ce n'est pas elle en tout cas qu'il viendra chercher jusque-là. Il titube trop pour
fendre avec succès la foule des danseurs.
. . . Et soudain . . . "patatras" . . . Alors qu'elle vient d'entreprendre avec à propos
une gesticulation un peu plus appuyée puisque la musique s'y prête . . . Elle sent
un craquement de tissu dans son dos . . . La fermeture-éclair de la robe vient de
lâcher. Elle ne tient plus que par un "fil". Déjà, les fines bretelles commencent à
descendre des épaules, et le bustier n'est plus en place . . .
Elle pense à opérer un repli stratégique vers les toilettes, voit que le type est sur
son chemin, oblique à droite, ramasse son sac et choisit de sortir.
A l'extérieur, quelques fumeurs devisent tranquillement. La musique est
moins forte, il fait bon. Elle peut aviser.
S'éloignant du petit groupe, elle appuie son dos contre un mur. Nonchalamment,
elle fait mine d'admirer les étoiles, tout en essayant de faire marcher ses petites
cellules grises. Que faire ? Rentrer si tôt, alors que la fête bat son plein ?
C'est bien dommage . . . Retourner à sa voiture pour constater l'ampleur des
dégâts ? Oui, c'est ce qu'il faut faire. Mais surtout, marcher sans tourner le dos !
Du moins quelques secondes, le temps d'être dans l'ombre.
Opération réussie ! Dans le noir, soulagée, elle respire à fond. Le résultat ne
se fait pas attendre. La fermeture achève de céder. Le dos de la robe est fendu
jusqu'aux fesses. La voiture est loin, les talons hauts n'aident pas . . .
D'une main, elle retient les bretelles, de l'autre elle fouille son sac à main pour
trouver ses clés. Parce qu'elle a compris qu'il fallait faire vite . . .
Derrière elle, très proche, une voix pâteuse claironne :
-- Ne partez pas si vite ! Il reste du champagne et de la pièce montée ! Allez, une
petite coupe !
Contre toute attente, elle réussit à atteindre la voiture.
Et, dans un démarrage sec, mais efficace, elle réalise qu'elle n'a pas dit au revoir
aux mariés . . .
A La mi-carême . . .
Pour le baptême . . .
Le résultat du craquement . . . La ceinture nouée permet juste d'éviter le désastre.

Et les amoureux, à mille lieux de ces bêtises, dans leur bulle de bonheur,
loin de toutes contingences bassement domestiques et matérielles . . .

