A mon tour, Cacao, dit Prunie
L'Aventurière, de te raconter une toute
petite histoire, comme on les aime
bien toutes les deux.
Tu sais qu'il y a peu, je suis allée
dans mon ancien "pays".
Le printemps y est plus avancé qu'ici.
Les prunus sont en fleurs, ainsi que les cerisiers du Japon, et beaucoup d'autres
arbustes. Les jardins débordent de jonquilles ouvertes et même presque fanées,
alors qu'ici nous n'avons que les tiges.
Cacao ne croyait jamais trop ce que racontait Prunie L'Aventurière. Son pays
semblait bien étrange. La veille, elle lui avait dit y avoir vu beaucoup de neige ...
Bah ! Ce devait être en altitude. Cacao n'y pensa plus. Elle écoutait la suite.
J'ai roulé dans la ville, tu sais, continuait P.L.'A. ... Tant de choses ont changé,
y compris le sens de circulation. Je me suis repérée quand même.
C'est un peu triste de revoir des endroits où plus personne ne vous attend.
Je suis passée devant l'immeuble où j'ai vécu plus de dix ans avant de venir
ici. L'appartement était au premier étage et, devant les fenêtres, intégrées à la
façade, il y avait de grandes jardinières en bêton. C'était mon jardin alors,
j'y avais mis des bulbes de tulipes, qui fleurissaient chaque année. Bien avant
celles des vrais jardins, parce que l'exposition était très favorable.
Lorsqu'on levait la tête, de la rue, c'était si joli ...
Il y a vingt ans que j'ai quitté cette ville. C'est pour ça que ce n'est pas possible...
Ou alors, ce ne sont pas les mêmes bulbes... Et puis c'est quand même tôt...
J'ai peut-être rêvé...
Cacao comprenait mal, Prunie poursuivait :
J'ai roulé dans la ville, je pensais à tous les gens que j'ai aimé là-bas, maintenant
disparus. J'étais si triste.
En passant devant l'immeuble, j'ai levé les yeux vers les fenêtres de mon ancien
appartement. Et là j'ai vu les tulipes.
Des jaunes, des rouges... les jardinières en débordaient. C'était magnifique.
Alors tu vois, Cacao, j'ai repris courage ...
A bientôt . . .
Dans l' radeau . . .
