
- Vous l'avez depuis longtemps, votre chatte Mimine ? demanda
Prunie L'Aventurière à la vieille dame chez laquelle elle travaillait.
- Trois ans.
- Votre fille m'a dit que c'était une chatte perdue qui est arrivée un
beau jour.
- C'est ce qu'elle croit. Je vais vous dire une grand secret. Mais que
cela reste entre nous.
- D'accord.
- Il y a trois ans, ma femme de ménage était là. D'habitude si souriante,
elle avait l'air bizarre. J'ai fini par lui demander ce qui la "travaillait".
Elle m'a avoué avoir dans sa voiture depuis le matin une petite chatte.
Son autre patronne lui avait demandé d'aller la perdre en forêt pour s'en
débarrasser. Elle ne pouvait pas s'y résoudre.
Alors, allez donc savoir pourquoi, moi qui n'ai jamais eu d'animaux, je lui ai
dit :
- Allez la chercher, on dira à ma fille qu'elle est arrivée toute seule.
Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête à ce moment-là, mais je ne
l'ai jamais regretté. Dès que j'ai vu Mimine, j'ai su que nous étions faites
pour nous entendre. Comme un petit miracle. Avec ma femme de ménage,
nous avons tout organisé pour son confort, elle s'est adaptée en un clin
d'oeil, et depuis, elle ne me quitte pas.
En effet, Mimine adorait se blottir sur les genoux de la vieille dame, ou
sur son lit, ronronnant à ses pieds.
Là, elle était dans le jardin. Les deux femmes l'observaient, Prunie avec
attendrissement, la mamie la couvant des yeux.
Elle faisait un petit tour d'inspection de son territoire. Soudain, elle
sauta dans la grande vasque de primevères, où elle s'affaira à essayer en
vain d'attrapper un papillon. Elle était si jolie à s'agiter au milieu de
toutes ces couleurs... Et les primevères piquaient un peu du nez...
- Si ma fille voyait ça ! Ses plantations ! Vous essaierez de les arranger
un peu, Prunie... Et puis, si elle n'est pas contente, on lui dira que c'est
le vent...
