Elle avait peur. Dans cette maison elle avait peur. Elle était terrorisée.
Ils l'avait achetée par hasard, un peu dans l'urgence. Au début, c'était neutre.
Cela lui était égal. Le matin, elle partait travailler, il fallait toujours se dépêcher.
Et le soir, il fallait bien revenir . . . Au fil des années, elle comprit qu'elle avait
de plus en plus de mal à rentrer dans cette maison. Cela l'étouffait.
Elle se demandait comment elle arrivait à y vivre. Lui disait qu'il s'y sentait bien.
De toute façon, il n'avait jamais le temps de parler. De l'écouter. Il était sans cesse
occupé à un ailleurs, il pensait à autre chose.
Par-dessus tout, elle appréhendait le week-end. Il serair là, bien sûr, mais encore
plus absent, et de mauvaise humeur. Tout l'agacerait. Et si elle parlait de la
maison, il dirait qu'elle était folle.
Elle lui avait souvent suggéré de partir ailleurs. Certaines fois, pas souvent, il
avait semblé d'accord. Puis il n'en avait plus reparlé. Cela ne l'intéressait pas.
Paradoxalement, elle n'avait pas peur d'y dormir. Elle attendait avec impatience
l'heure d'aller se coucher. Et chaque soir, avant de plonger dans le sommeil, elle
espérait. Elle espérait ne pas se réveiller. Plus jamais. Ou alors ailleurs . . .
Plus elle dormait, mieux c'était. Chaque fois qu'elle avait un peu de temps libre,
elle dormait. Et chaque fois, elle espérait que son voeu serait exaucé. Qu'elle
dormirait pour toujours. Que ce serait enfin fini.
Jamais ça ne marchait. Alors elle continuait . . . Elle continuait à avoir peur.
Et de moins en moins souvent elle avait la force de se dire que, peut-être, on
l'attendait ailleurs.
