14 août 2011
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Lorsqu'Anita sut qu'il allait mourir, qu'il était déjà trop tard pour empêcher
cette horreur d'arriver, de les atteindre, sa première réaction fut la colère.
Puis le déni. Comment admettre que leur monde à eux s'effondre en quelques
secondes ? Tout était joué depuis quelques jours, mais elle l'ignorait.
Les dernières heures de paix que la vie lui avaient données s'étaient passées
comme d'habitude, entre les gestes simples du quotidien, leur jardin, la douce
affection de leurs fidèles animaux.Après vint la souffrance. La douleur à l'état
brut. Le mal absolu. Une entité malsaine était entrée dans leur vie. Une chose
innommable, une pieuvre aux tentacules innombrables les avaient pris dans
ses filets, avait choisi de les détruire. Pour rien. Par hasard. Parce qu'elle passait
par-là et s'ennuyait.
La pieuvre ne se rendait même pas compte du mal qu'elle faisait. Elle jouait son
rôle de pieuvre et c'était tout. On ne pouvait la raisonner, discuter. Elle n'était pas
humaine. Son cerveau primaire ne connaissait pas les mots compassion, respect,
amour, probité, honnêteté, mérite, sacrifice . . . Une pieuvre est une pieuvre. Elle
n'a pas l'occasion d'être autre chose. Elle a le droit de vivre après tout . . .
Anita ne réussit pas tout de suite à se demander comment elle allait faire pour
contourner l'obstacle. Elle essaya de lutter avec la bête, de toutes ses forces et
contre toute raison.
La lutte était perdue d'avance, elle ne mit pas longtemps à s'en apercevoir.
Malgré l'intensité de son chagrin, elle sut très vite que sa seule chance de ne pas
finir étouffée, broyée, laminée dans ses tentacules immondes et visqueuses
serait de la dépasser sur le plan spirituel.
La bête allait gagner dans le combat vital. Elle allait lui prendre, elle avait déjà
commencé à lui prendre, son amour. Elle lui avait déjà abîmé, amoindri, fatigué,
désespéré. Elle l'avait rendu dur, amer, imperméable à toute joie, éloigné de
cet étrange esthétisme qui faisait le charme de leur vie.
Puisque lui n'y pouvait plus rien, qu'il était incapable de faire face, de se relever,
Anita sut comment faire. Plus pour le sauver, et par-là même se sauver. Il était
trop tard. Lui ne le voulait plus, il avait choisi d'accepter, de ne pas se battre. De
s'abandonner entièrement entre les bras de la pieuvre. Parce qu'il n'avait pas le
choix peut-être, qu'elle avait déjà pénétré et corrompu son cerveau si grand, si fin,
qu'elle avait déjà endommagé, déformé, sali ce qui faisait son essence d'homme.
Malgré la terreur qui s'emparait d'elle, l'intensité de sa douleur, l'immensité de la
perte inexorablement en marche, Anita se redressa.
Fièrement, elle releva la tête, rassembla tout son courage et ses capacités d'amour,
et sut comment elle devrait faire désormais pour vivre. . .
Puisque tout était consommé, que la pieuvre était là, qu'elle le ficelait . . .
Anita comprit. Leur amour avait été si grand, si pur.
Le mal allait gagner. La pieuvre l'emporterait. Il n'y aurait pas d'autre chance.
C'était fini.
Mais elle fut sûre, dans son coeur à elle, qu'elle garderait, pour elle toute seule,
en secret et à jamais, la pureté et la force de vie que seul le souvenir d'un grand
amour peut laisser.
A Suivre . . .
