L'employé du grand bazar avait passé la cinquantaine. Il portait
encore beau, malgré ses cheveux plus blanchissants que grisonnants, avec
son faux air de Clint Eastwood, du temps où ce dernier avait le même âge.
Depuis une dizaine d'années, il travaillait au "Grand Bazar", en tant que
vendeur-conseil,faute d'avoir trouvé mieux, après un licenciement au
"mauvais âge" pour un reclassement plus adapté.
Il parlait peu, on le sentait vaguement "déclassé", et décalé, au milieu des
autres employés, mais il semblait en avoir pris son parti.
Très grand, assez distingué, cultivé, il cachait son désintérêt pour sa tâche
sous une réserve et une froideur, qui passaient auprès de ses collègues et
de ses supérieurs pour un sérieux et une concentration de bon aloi.
Depuis plus de trente ans, il vivait en bonne harmonie avec une compagne,
assez discrète, et dont il parlait peu.
On la disait intelligente et vive, légèrement déjantée, et possédant un
grand coeur. Elle était encore assez jolie, brune et fine, d'une élégance
simple, et d'un abord agréable.
Le couple n'avait pas eu d'enfant. D'un commun accord, ils avaient pensé la
vie trop difficile pour la donner à ceux qui n'avaient rien demandé.
Le temps passait, calme et fluide, au "Grand Bazar" et dans la vie privée
de l'employé modèle.
Arriva un jour au magasin une jeune apprentie d'une quinzaine d'années,
qui suivait parallèlement des cours en alternance. Le vendeur la prit sous
son aile, heureux d'avoir à aider une jeune personne, gaie, charmante, et
un peu délurée. Puis la caissière principale, fut enceinte, et on la remplaça,
le temps de son congé-maternité, par une autre jeune fille, d'environ vingt
ans. Les deux jeunes portaient bizarrement le même prénom, Vanessa.
Elles s'entendirent immédiatement très bien, sortirent ensemble chaque
week-end, arrivant le lundi un peu en retard, le regard battu et les idées
peu claires, sous l'oeil réprobateur du directeur, et celui, bienveillant, de
l'employé, qui écoutait patiemment le récit de leurs histoires "compliquées"
d'amour et d'amitié.
"Il faut bien que jeunesse se passe" disait-il parfois avec indulgence à sa
compagne, qui l'approuvait en déclarant :
"Bien sûr, qu'elles en profitent, nous aussi on a été jeune !
Je ne comprends pas ces vieux grigous qui ont oublié ce que cela veut dire !"
Et le temps coulait, calme et fluide, au "Grand Bazar".
Parfois, d'une succursale voisine, venait pour un remplacement (les
"petites" manquaient souvent), une grande bringue, assez revêche, plutôt
taciturne, d'environ quarante- cinq ans, et que les clients n'aimaient
guère. Elle était quelconque, pas vraiment laide, manquant seulement
d'élégance et de charme.
Son allure un peu masculine dans sa démarche, ou assise derrière la caisse,
était démentie par un popotin imposant et dee hanches enrobées dès qu'elle
se levait.
La dame avait eu quatre enfants, et, un peu molle et indolente de nature,
avait négligé le sport qui aurait pu la remodeler. Elle passait son temps à
se plaindre (les petites l'appelaient "la chouineuse"), et personne n'avait
l'air intéressé par ses perpétuelles jérémiades.
Ce petit monde, ensemble, ou à tour de rôle, s'acquittait somme toute
assez bien de sa tâche, et le directeur ne se plaignait pas trop.
Le chiffre d'affaires, malgré la crise, se maintenait. Les "petites" étaient
fort avenantes, le vendeur sérieux et d'excellent conseil, et la "revêche"
acceptable, car pas souvent là.
Alors me direz-vous, pourquoi se passa-t-il au "Grand Bazar" d'étranges
évènements, qui finirent plutôt mal ?
Pourquoi soudain les petits copains des deux jeunes filles, l'époux de la
"revêche", et même la compagne du faux Clint Eastwood entrèrent-ils
en scène ? Pourquoi y eut-il des rumeurs, des cris, des larmes, et du
sang ? Vous le saurez si vous continuez à suivre les aventures de notre
"héros", l'employé du "Grand Bazar" . . .
A SUIVRE . . .
/http%3A%2F%2Ffarm4.static.flickr.com%2F3173%2F2685731328_c4a4224096.jpg)
/http%3A%2F%2Ffarm4.static.flickr.com%2F3026%2F3553288127_b2ece41b0a.jpg)