E P I L O G U E
En rentrant à la maison, l'employé du "Grand Bazar", au lieu de faire
profil bas, le prit de haut, refusant systématiquement de répondre aux
questions de son épouse, et même de l'écouter.
Il se doutait bien, dit-il, que "l'autre Ostrogoth" (Jacques, le mari de
"La Chouineuse") aurait bavé. Il n'en avait cure. Révélait soudain être fou
amoureux de Nadine, qui paraît-il, partageait au centuple ses sentiments.
Rien ne pourrait les arrêter.
D'Hélène, il se foutait, il l'aimait bien, ne lui voulait pas de mal, mais
n'éprouvait plus rien pour elle, surtout pas le moindre désir. Revirement
brutal, puisque la veille encore...bref, entre temps, "La Revêche" avait dû
lui faire jurer fidélité, Hélène n'y voyait pas d'autre explication . . .
Toutes les phrases qu'elle avait préparées, il ne les entendit pas, vu qu'il
n'eut pas plus pressé que de s'enfermer à double tour dans la chambre d'amis.
La laissant non sans voix, car elle ne se priva pas de le traiter de tous les
noms, ainsi que sa "coéquipière", en hurlant à travers la porte, mais sans
interlocuteur. Car à dater de ce jour, l'employé du "Grand Bazar" se mit
aux abonnés absents. Rentrant chez lui, alors qu'Hélène lui avait demandé
de partir, pour s'enfermer dans la chambre avec son téléphone portable
et son ordinateur.Ce n'était plus le même homme. Lui si poli d'ordinaire,
répondait à sa femme par "tu m'emm..." si elle hasardait une remarque.
Il était transformé, téléguidé peut-être. Elle ne le reconnaissait plus.
Au "Grand Bazar" le temps suivait son cours, calme et fluide.
Apparemment,rien ne transpirait sur l'affaire. Du moins dans les premiers
temps.
Jacques, le mari bafoué, gardait contact avec Hélène. Désespéré au début,
il devint peu à peu fou de rage, jeta sa femme dehors, demanda le divorce,
et la garde de la petite dernière, leur seule fille, encore mineure, qui allait
sur ses seize ans. Elle voulait rester avec son père, à l'étonnement
général, et d'abord à celui de Jacques. Assez rétro, il avait toujours
réprouvé ses sorties en boîte de nuit avec sa mère et les Vanessa.
"La Chouineuse" passsait outre, tenant sans doute à faire plaisir à sa fille.
Hélène apprit que les téléchargements illégaux de C.D. (Shakira et Lady
Gaga) faits par son mari lors de ses derniers congés d'été, et qu'il disait
être pour "Les Petites" étaient en fait destinés à la jeune fille.
L'histoire durait donc depuis longtemps, au nez et à la barbe de tous.
Au "Grand Bazar", les tourtereaux ne laissaient rien transparaître, la vie
coulait toujours, calme et fluide. Le Directeur n'avait pas jugé bon de
parler du "scandale" avec ses employés, car la clientèle, alléchée par les
rumeurs, affluait . . ."La Revêche" avait pris un appartement en ville, mais
l'employé ne découchait pas, à l'étonnement d'Hélène. Il continuait à
s'enfermer dans la chambre d'amis, dialoguant avec sa Dulcinée par MSN.
Plusieurs fois, Jacques appela Hélène, alors qu'il était ivre, et elle coupait
court, ne comprenant rien à ce qu'il lui disait. Il parlait de la "planque à
billets" de son épouse, qu'il aurait découverte, de vidéos sulfureuses, mais
dans un tel état d'ébriété que son discours ne se suivait pas. Hélène sut
plus tard qu'il s'était mis à boire seulement sur le tard, en apprenant
la liaison de sa femme avec "l'employé".
Un soir, Jacques parut au téléphone encore plus perturbé et désespéré que
les autres. Il répétait en sanglotant "La Petite, la Petite". Hélène supposa
que l'une des deux Vanessa lui avait fait des révélations, sur l'ancienneté
de son cocufiage peut-être. Comme il était très éméché et embrouillé dans
ses explications, elle lui conseilla d'aller se coucher et raccrocha.
Ce fut le lendemain matin que les gendarmes arrivèrent au "Grand Bazar"
et emmenèrent "La Chouineuse" et son collègue. On ne pouvait encore rien
savoir mais la rumeur courut aussitôt que c'était pour des faits graves.
L'employé du "Grand Bazar" fut relâché après 48H de garde à vue, rentra
chez lui pour s'enfermer dans la chambre d'amis, où il n'y eut pas de
discussion sur MSN ce soir-là.
"La Chouineuse" fut déférée en prison. Lorsque son procès eut lieu, Jacques
n'était déjà plus de ce monde. Il s'était suicidé en se jetant sous un train.
Hélène avait quitté la ville. Les Vanessa étaient au premier rang, avides
d'nformations. L'employé du "Grand Bazar" fut appeleé à témoigner, mais
fut lavé de tous soupçons. Il n'était qu'un amant parmi d'autres, qui avait
fait de petits cadeaux, mais n'avait en rien participé à la prostitution par
sa maman de la jeune fille depuis ses douze ans. Il avait été l'un des rares
à se contenter de la mère. Beaucoup d'hommes de la ville, plutôt en vue et
d'un certain âge, furent condamnés, plus ou moins lourdement, suivant la
gravité des faits reprochés à chacun.
"La Revêche" est toujours en prison, mais sortira bientôt. Sa fille, donnée
à la garde d'une soeur de Jacques, est maintenant majeure, et vient
d'écrire un livre. Ni elle, ni aucun de ses trois frères ne sont allés voir
leur mère en prison. L'employé est allé lui rendre visite, mais elle a refusé
de sortir de sa cellule pour le rencontrer.
Au "Grand Bazar", la vie oontinue à couler, calme et fluide.
Le Directeur n'a pas vu la nécessité de se séparer de son performant
vendeur-conseil. Il faut dire que beaucoup de gens font de petits achats
au magasin uniquement pour le voir et lui parler. Il est resté le même,
poli, réservé, distingué et agréable.
"Les Petites", toujours pétillantes et dynamiques continuent à charmer la
clientèle.
Pour remplacer "La Chouineuse", Le Directeur a engagé un homme.
Un chômeur de longue durée, approchant la soixantaine, simple et discret,
qui s'est très vite bien entendu avec les Vanessa.
Sur Hélène on sait peu de choses. Certains disent que suite à une grave
dépression elle est soignée dans un établissement psychiatrique. D'autres
qu'elle lutte contre une maladie pernicieuse, refilée par son mari, détectée
trop tard sur elle.
Quelques-uns croient savoir qu'elle est morte. Elle se serait suicidée. Deux
versions circulent : soit elle aurait sauté d'un viaduc, soit elle se serait
jeté en voiture à pleine vitesse contre un mur . . .
Personne n'ose demander de ses nouvelles à l'employé du "Grand Bazar". . .
Qui n'en a d'ailleurs peut-être pas . . .
F I N.
( Cette histoire en 6 épisodes est véridique. Je l'ai seulement un peu
arrangée pour la rendre plus "gaie". . . Merci d'avoir suivi ces aventures
et merci à toutes et tous pour vos commentaires sympathiques. Je vous
souhaite un EXCELLENT DIMANCHE. Toutes mes amitiés. Cacao.)
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