Il regardait par la fenêtre la neige qui tombait, sans relâche.
Le vent soufflait en tempête. De bourrasque en bourrasque, il se sentait
de plus en plus anéanti. Son coeur avait fini d'espérer, il avait trop
souffert. Cette fois, il n'avait plus envie de lutter.
Il savait que rien ne l'intéresserait plus. Jamais.
Les morceaux de sa vie, éparpillés, trop loin, elle n'était plus là pour aller
les chercher. Lui n'irait pas, il ne les recollerait pas, plus rien n'avait de
sens pour lui maintenant.
Ce dont il avait envie, c'était de marcher dans la neige, très longtemps.
Et, quand il serait épuisé, de se coucher au creux d'elle. De la laisser le
recouvrir peu à peu, pour qu'il puisse dormir enfin. Paisiblement.
Figé derrière son carreau, depuis des heures, il se persuadait qu'il allait
sortir. Se délivrer enfin. Et cette pensée lui était douce.
Assis près de lui, son chien ne bougeait pas. Il le regardait avec ses bons
yeux. Inquiets, mais compréhensifs.
L'homme savait que son voisin aimait les bêtes. Il prendrait son chien. Sans
aucun doute. La nuit approchait. Il ne laisserait pas de mot.
Il fallait se décider. Il était prêt.
Sur sa main, il sentit un coup de langue chaud, puis plusieurs, de plus en
plus rapides et insistants.
L'homme finit par se retourner, caressa la tête de l'animal. Puis, avec
lenteur, comme dans un rêve, se dirigea vers la cheminée.
Tranquillement, il alluma un feu. Le chien le regardait. Le bois était bon,
il réchauffa ses mains aux flammes. Il approcha son fauteuil de l'âtre.
et s'assit. Le chien se coucha à ses pieds.
Lorsqu'il y eut assez de braises, il ajouta une grosse bûche.Du coin de
l'oeil, le chien approuva.
Et tous deux s'assoupirent.

