27 juin 2013
4
27
/06
/juin
/2013
08:40
Si vous avez manqué le début . . .
Le lendemain, il ne travaillait pas. Un peu avant midi, il
prit sa voiture. Tranquille. Coeur léger. Il y aurait du monde sur le
périphérique... En ville tout autant.
Peu importait. Il avait le temps. Sifflotant, il quitta son parking.
Loin de son esprit était la fille qui se maquillait.
Juste à cet instant, une voiture déboucha devant lui. Incroyable ! Encore
elle ! Il ne se dit pas : "Malédiction ! Je suis poursuivi par la poisse !" . . .
Il était de bonne humeur. Et pas pressé.
La chose devenait amusante. Qu'allait-il se passer ? Se maquillerait-elle
aussi à midi ? Sûrement pas. Elle l'avait évidemment fait le matin. Pour
énerver un autre que lui. Tant mieux !
Il savait qu'il faisait à la fille un mauvais procès : jamais elle ne l'avait
gêné. Elle se levait sans doute un peu trop tard. Comme lui. Le travail
devait l'attendre aussi de bonne heure. Elle tenait sans doute à soigner sa
présentation. Après tout, le matin, lui mangeait bien ses croissants en
chemin. Pour rattrapper le temps perdu. Ce qui ne manquait pas de
laisser des miettes. Qu'il secouait en vitesse en descendant. Fallait bien
arriver "correct" au boulot...
Comme d'habitude, elle roulait juste devant lui. Dans la même file. Elle
avait probablement loué la place...
Le premier feu était vert. Il resta sur sa faim.
Ah ! Le prochain virait au rouge. Voyons voir...
Bingo ! A peine arrêtée, elle commença son manège habituel.
Farfouillage dans son sac. Démarrage au quart de tour dès le vert.
Feu rouge suivant : le poudrier.
Re-départ. Juste à point.
Bon, ensuite ce serait pare-soleil. Puis un oeil. Gagné ! Et juste quand il
fallait, arrachage. Bien coordonnée, la gazelle. Chapeau, finalement.
Il la suivait toujours. Sans vraiment réfléchir. Rien de spécial à faire.
L'aventure l'amusait.
Il constata ainsi à loisir qu'elle réussit, de feu en feu, à maquiller ses
deux yeux. A mettre du rouge à lèvres. Puis plusieurs coups de "pschitt !
pschitt". D'une eau de toilette, dont il essaya d'imaginer la marque.
Un truc nul sans doute.Du grand n'importe quoi de bazar.
Il ne voyait pas son visage, mais supposait celui du genre d'évaporée
qu'il connaissait bien.
Sur la file de gauche, une autre nana téléphonait. Des hommes aussi
d'ailleurs.
A l'un des feux, tout en surveillant la fille, il roula une cigarette.
L'abruti derrière lui klaxonna. Juste parce que, le temps de l'allumer,
il ne démarrait pas assez vite.
En avançant, il farfouilla dans ses C.D. En choisit un. S'aperçut au feu
rouge que ce n'était pas celui qu'il voulait. Il avait inversé les pochettes.
Bon, du coup, le type derrière reklaxonna. Pour le dixième de seconde
perdu au démarrage ! Les gens sont vraiment nuls, se dit-il.
Au feu suivant, sans quitter des yeux la voiture de la fille, toujours
devant lui, il commença à ouvrir son courrier, pêché dans la boite aux
lettres en sortant de chez lui.
Quelques secondes de trop, il baissa les yeux. Et l'emmerdeur derrière
lui en profita pour montrer la puissance de son klaxon. Quel taré ce type !
Pressé de mourir lui aussi sans doute. Il faisait beau, l'air était doux.
Comment pouvait-on avoir envie de s'énerver ?
Du coup, la fille avait pris de l'avance. Mais elle fut la première coincée
au feu suivant. Arrêté derrière elle, il vit qu'elle se peignait avec soin...
A S U I V R E . . .