Au hasard, avec ses chiennes, elle suivait ce petit chemin au milieu des
champs de maïs. Pas de paysage, juste ces hautes tiges qui les entouraient. Les
chiennes couraient et jouaient, et elle, elle marchait.
Soudain, à sa gauche, il n'y eut plus de maïs. D'un seul coup, entre deux champs,
apparut un autre univers.
Une petite parcelle d'herbe verte, bien tondue. Suivie d'un alignement d'arbres
fruitiers. Un de chaque espèce, pour avoir un choix de fruits.
A l'entrée du jardin, une tonnelle très ombragée, avec un banc.
Et sur toute une longueur, des pieds de vigne.
Il y avait surtout un petit potager avec des haricots à rames, des courgettes, des
tomates, des concombres. Et des citrouilles en quantité, dont la couleur orangée
donnait envie de bonheur.
Souvent elle revint dans ce jardin. Elle ne le montra qu'à très peu de personnes.
Choisies. Qui promirent de garder le secret.
Elle s'arrangea toujours pour y retourner quand le propriétaire ne pouvait pas
y être. Elle n'avait pas besoin de savoir.
Il suffisait que le jardin existe. Et aussi de pouvoir se demander, à chaque fois
qu'elle longeait le maïs, si, soudain, à sa gauche, il serait encore là.
