Sloopy
Allongée de tout mon long sur l'herbe, je dors. Je me sens bien dans cette
famille qui m'a recueillie. J'étais si malheureuse dans ce refuge où l'on m'avait
abandonnée à la mort du papi qui m'avait élevée. Maintenant, je n'y pense plus.
Tout me plaît ici : ma soeur-chienne Marcella, mon frère-chat Maurice. J'aime
jouer avec eux, j'adore qu'on me prépare ma gamelle. Les promenades sont mon
grand plaisir. Au moment où ils s'y attendent le moins, je fais mine de regarder
ailleurs, et hop ! je saute dans la rivière ! L'eau fraîche est agréable, je nage.
Quand j'en ai assez, je sors, je me secoue, et on continue la promenade.
Tiens ! Bonne idée ! Ce soir un petit bain serait bienvenu. Je m'arrangerai pour
les guider vers la rivière.
Je suis bien. A quoi pourrais-je rêver de plus beau . . .
Il y aurait bien une chose, j'y pense depuis longtemps, depuis le premier soir,
je ne sais pas pourquoi. Hum ! J'ai bien envie de m'abandonner à ce doux rêve.
Dans la maison, j'ai un fauteuil, rien que pour moi. Comme j'en avais un chez
mon papi.
Mais là où je voudrais monter et dormir, la nuit, c'est sur ce divan, tout petit.
Celui où ils s'installent parfois pour regarder la télévision. Où ils somnolent
aussi, l'air heureux. Je suis sûre que si je pouvais sauter sur ces coussins, je
m'endormirais à leur place, en sentant leur odeur. Je serais comblée. Je sais
qu'ils ne m'abandonneront jamais, mais je voudrais aller là. Y rester juste une
nuit, m'y blottir un long moment. Puis m'étirer avec volupté, frotter partout
mon museau. Pour me sentir encore plus proche d'eux. Pour les mêler à mes
rêves.
Y penser me fait du bien. J'en ronfle de plaisir.
Un jour peut-être, qui sait . . .