C E C I E S T U N E H I S T O I R E V R A I E
Ce jour-là, Prunie l'Aventurière fut avertie au dernier moment
qu'elle devait remplacer une collègue pour faire le ménage chez Mme Henriette
Petit, dans le bourg voisin. En vitesse, elle regarda l'annuaire chez sa précédente
cliente, et s'aperçut avec ennui que le village comptait de nombreux Petit, tous
avec un prénom masculin. Aucune Henriette. On met le prénom du mari sur les
annuaires, et, même devenues veuves les femmes préfèrent le laisser. Elles ont
tellement peur d'être attaquées, P.L'A. le savait bien.
Elle partit donc à l'aventure à l'adresse du premier Petit, Claude. Avec un peu de
chance, sa femme s'appellerait Henriette.
Ce n'était pas le cas, Claude était célibataire, et ne voyait pas d'Henriette parmi
les Petit de sa connaissance. Il lui indiqua l'adresse d'un couple Petit d'un certain
age, qui pourrait éventuellement faire l'affaire. Mais, là non plus, la dame ne se
prénommait pas Henriette. P.L'A. commençait à se faire du souci, le temps filait,
elle serait bientôt vraiment en retard, et finirait sa journée à pas d'heure, comme
souvent. Sans compter les probables récriminations d'Henriette sur tous ces
gens pas sérieux qui ne voulaient pas travailler, alors que Le Bureau avait
formellement promis une remplaçante à telle heure pile.
Elle tenta un autre couple Petit, dont les précédents connaissaient l'existence,
dans un hameau un peu isolé. Ce n'était pas les bons non plus, Prunie sentait le
désespoir l'envahir. Ils ne voyaient pas du tout ... Henriette, Henriette, non je ne
connais pas d'Henriette, répétait la mémé pour la dixième fois. Ce qui énervait
Prunie. Tout le monde connaît au moins une Henriette, même si elle ne s'appelle
pas Petit ...
P.L'A. n'arrivait pas à prendre congé. Malgré ses remerciements, et ses adieux
renouvelés, le couple tentait encore et encore de dénicher dans sa mémoire
une Henriette Petit. Madame répétait son leitmotiv, Monsieur réfléchissait, en
silence, ce qui était déjà ça. Et disait, de temps en temps, entre deux "Henriette,
Henriette ..." de sa femme :
"Attendez, attendez ... voyons, voyons ... Henriette ...". Et, zou, ce prénom
relançait son épouse, qui recommençait son monologue.
Prunie était au bord de la crise de nerfs. Quand ses heures étaient payées, elle
supportait héroîquement les rabâchages des personnes âgées. Et avec le sourire
encore, jusqu'aux oreilles, même si en esprit elle serrait les dents bien fort.
Mais là, en plus de se rendre malade, elle allait perdre deux heures de travail,
faute d'avoir été capable de se débrouiller. Cacao se moquerait gentiment d'elle
ce soir, lorsqu'elle s'écroulerait chez elle pour lui raconter ses errances.
Comme je suis nulle se disait-elle, pas fichue de trouver une Henriette. Pourquoi
n'ai-je pas pensé à me renseigner à la Mairie, quelle idiote, mais quelle idiote !
Le temps d'y aller maintenant, il sera tard, Henriette me disputera bien sûr à
mon arrivée, elle téléphonera peut-être même au Bureau pour se plaindre.
Et voilà ! On me donnera encore moins de remplacements. On dira que je suis une
godiche et qu'on ne peut me confier que des clients dont j'ai l'habitude ...
Alors que cette Henriette aurait pu me faire de l'usage, ma collègue en a pour un
moment, on doit l'opérer. Non, vraiment, je m'en veux, je m'en veux !
Et soudain, du fond se sa détresse, elle entendit le pépé s'exclamer, non
"Euréka", mais "Onésime" !
-- Onésime ! Onésime ! Je suis sûre que cette Henriette, c'est la femme
d'Onésime !
-- Mais non, dit la mémé, la femme d'Onésime, elle s'appelle Paulette !
-- Je sais, je sais, mais je sais pourquoi ! C'est parce qu'à l'école, on se moquait
d'elle en lui chantant " A bicyclette ! ". Alors après, elle a décidé de se faire
appeler Henriette !
( A SUIVRE . . . )
A LA SAINTE - HENRIETTE . . .
SUR MA TROTTINETTE . . .