12 juin 2011
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Maurice-Le-Chat, faisant sa sieste au soleil . . .
Le Vieil Alphonse et Prunie en avaient la certitude. Tout
correspondait ... C'était bien, hélas, le pauvre Maurice qui gisait sur la Nationale.
La tête maintenant entièrement détachée du corps. Ils essayèrent d'arrêter
les voitures, pour ramasser le chat, et ramener sa dépouille à la malheureuse
Cacao, mais ce fut peine perdue. Les gens accéléraient en klaxonnant, faisant
tourner leur index sur la tempe, en les foudroyant de leurs yeux supérieurs.
Prunie pensa qu'entre midi et deux heures, lorsqu'elle rentrerait, il y aurait
peut-être une accalmie dans la circulation, et qu'elle réussirait à récupérer
ce qui resterait de Maurice-Le-Chat.
A quoi bon prévenir Cacao, tout se suite ? Le Vieil Alphonse se proposa pour
le faire, mais ils convinrent finalement tous deux que ce serait suffisant à midi.
Une nouvelle de ce genre pouvait attendre. Et puis la vieille Cacao se ferait
à coup sûr écraser en se ruant face aux voitures pour relever son Petit Maurice
tant chéri ...
" Il avait seize ans, dit Le Vieil Alphonse, il avait fait sa vie. Tout compte fait,
c'est une belle mort, rapide, sans souffrance ..."
Prunie n'osa pas répondre qu'il n'était peut-être pas mort sur le coup. Qu'il avait
pu essayer de se traîner vers le bord de la route, espérant trouver secours chez
sa maîtresse. Pour à nouveau être écrasé ... Dieu savait combien de fois ...
"En tout cas, c'est tout récent, dit Alphonse. Il aurait été plus amoché sinon ..."
Puis il remonta sur son mini-vélo, salua P.L.'A., et repartit vaillamment sur deux
cent mètres de ligne droite. Avant, comme prévu, de tendre le bras à gauche, pour
aller prendre son café du matin chez Langue De Vipère.
Prunie remonta en voiture. Il fallait qu'elle se dépêche, Jeannot serait furieux.
Et avec lui, pas question d'invoquer comme excuse le décès de Maurice. Aucune
bête ne trouvait grâce aux yeux de ce dangereux chasseur. Depuis qu'il avait
menacé de tuer Sloopy, (cf "Sloopy 1" art, du 07/11/10) Prunie n'avait plus aucune
illusion à son sujet.
Elle démarra, s'apprêtant à mettre son clignotant à gauche, pour suivre Le Vieil
Alphonse, et se rendre chez Jeannot.
Maurice était mort. Elle essayait d'imprégner son cerveau de cette information.
Et n'y arrivait pas. Maurice, ce sacré chasseur !
Pas lui ... Impossible ! Il connaissait les dangers de cette route ... Mais s'il suivait
une proie ? Un petit lapin par exemple ... Prunie savait que, dans ses heures
d'intense cruauté, Maurice-Le-Chat redevenait Maurice-Le-Tigre ...
Et, depuis quelque temps, il se faisait un peu sourd ... Alors entendait-il bien le
bruit des moteurs ? ? ?
Pourtant ... elle ne tourna pas à gauche... Continuant un peu la route, elle mit son
clignotant à droite et se dirigea, un peu trop vite d'ailleurs, pour les autres chats
ou poules du voisinage, vers la maison de Cacao. Elle était consciente de sa
vitesse, mais son coeur cognait si fort ... Il fallait qu'elle sache ... tout de suite !
Lorsqu'elle rentra, à fond les manettes, dans la cour, et freina sec dans un
nuage de poussière, Cacao se demanda ce qu'il lui arrivait. Ce n'était guère dans
ses habitudes cette précipitation ! Elle toujours si prudente, à cause du chat et
des deux chiennes de la maison... "Heureusement, Maurice n'est pas dehors,
se dit-elle ... Maintenant qu'il devient un peu sourd et moins rapide, elle aurait pu
l'écraser !" Cacao prenait tranquillement son petit déjeuner sur la terrasse,
Marcella et Sloopy couchées non loin d'elle. Les chiennes n'avaient pas réagi
à l'arrivée de Prunie. Sachant qu'elles n'avaient nul besoin de se déranger.
On viendrait les caressser sur place.
A l'étonnement général, elle traversa la terrasse en courant, sans "saluer"
personne. Se rua dans la maison, fit un rapide tour du rez-de-chaussée ...
Pendant lequel, sembla-t-il à Cacao, elle examina chaises et fauteuils ... Avant
de se lancer dans l'escalier. Sans même se déchausser, ce qu'elle faisait
pourtant toujours, habituée qu'elle était à faire le ménage pour les autres ...
Elle est très pressée, se dit Cacao. Elle doit chercher ses lunettes, ses clefs,
ou son portable, ou Dieu sait quoi, qu'elle aura oublié hier ... C'est qu'elle va
me réveiller Maurice, qui dort sur le lit de mes neveux, avec sa cavalcade !
Mais Prunie était déjà redescendue, l'air radieux. Sans doute avait-elle retrouvé
ce qu'elle cherchait ... Pourtant, c'était bizarre, elle n'avait rien dans les mains ...
Cacao ne posa pas de question ... cette fille était si étrange, à quoi bon ...
Elle n'eut, de toute façon, pas le temps de placer un mot. Prunie, remontait
déjà dans sa voiture, criant, tout en faisant un "demi-tour contact" :
" A plus, je t'expliquerai ce soir ! "
C'est ça, pensa Cacao en mettant un peu de miel, sur sa tartine, à plus tard dans
l'car ... Elle est mal lunée parce qu'elle va travailler chez Jeannot ... guère en
avance d'ailleurs ... ça m'étonne d'elle ...
Jeannot fut infect toute la matinée. Prunie n'en eut cure. Elle fit le travail de
son mieux, et il y en avait pas mal ...
Elle se sentait à la fois intensément soulagée pour Maurice, et triste pour ce
chat, qu'elle n'avait jamais vu dans le secteur. Dont elle ne pourrait donc pas
prévenir les propriétaires. S'ils le cherchaient, tout de même, il valait mieux
qu'ils sachent ...
Se promettant de mener l'enquête, elle attendit avec stoïcisme, mais aussi
impatience, que la matinée se tire.
Car elle voulait tenter de ramasser le peu qu'il resterait de l'animal, pour, soit le
rendre à quelqu'un, soit l'enterrer.
Elle tint pourtant le coup jusqu'à midi trente, au lieu de midi, son heure de sortie
habituelle, afin de rattrapper son retard, et de ne rien devoir à Jeannot.
En le quittant, puisqu'elle l'empêchait, soi-disant, de manger à l'heure, alors
qu'elle briquait la salle de bains, et de regarder les jeux à la télé, moment où il
aimait être tranquille pour se concentrer, elle eut l'impression qu'on entendait
moins de voitures circuler en bas.
Quand elle repassa devant chez Langue De Vipère, elle constata, amusée, que
le mini-vélo d'Alphonse était toujours appuyé contre le portillon.
Sans doute, de fil en aiguille l'avait-elle invité à déjeuner ...
Elle salua Emilienne, qui sortait de son poulailler, un canard mort pendant, tête
en bas, de sa main grassouillette, et croisa Lulu et Gigi Les Vamps, en grande
conversation avec le nouveau jeune facteur.
Lorsqu'elle arriva enfin sur la Nationale, à midi trente-sept, il ne restait plus
que de la bouillie de chat.
A LA REVOYURE . . .
DANS MA VOITURE . . .