Bonjour à tous ! Ici Maurice-Le-Chat !
Il faut que je vous en raconte une bien bonne ! Il y a quelques jours,
cette idiote de Sloopy, une de mes deux petites "soeurs-chiennes", s'est
"échappée" ! A cause d'elle, on a mangé à "pas d'heure". Je vous demande
un peu ! Tant d'histoires pour cette andouille, qui serait revenue toute seule.
Comme si elle ne savait pas où était sa gamelle . . . Et sa pelouse, bien grillée
par la canicule en ce moment, pour faire sa sieste . . .
Et du lard, comme mon autre "soeur-chienne", Marcella-La-Douce, comme ils
disent . . .Elle a voulu voir si ailleurs l'herbe était plus verte ! Pas bien loin, je
vous le dis ! Car, comme sa soeur, c'est une poule mouillée, toujours dans les
jambes de "papa-maman", fayotant à mort, pour se faire bien voir, et appeler
"Bon Chien". Dieu me préserve que l'on m'appelle un jour "Bon Chat" !
Ces deux gazelles obèses sont incapables d'organiser de palpitantes
expéditions nocturnes vers l'entrée de terriers de lapins, où l'on prévoit,
d'un instinct sûr et supérieur, des naissances imminentes (et fort intéressantes,
foi d'animal cruel ! )
Bon, voilà toute l'affaire !
Nos parents étaient au boulot. (Il paraît que c'est un "concept" qui sert à
acheter des croquettes . . .) MOI, personnellement, je me trouvais sur MA chaise
longue, à l'ombre, sur la terrasse.
Les deux péronnelles avaient somnolé, tantôt sous le murier-platane, tantôt
sous le poirier. Marcella se tenait à peu près, elle sait que j'aime la tranquillité,
à mon âge. Cette sotte de Sloopy frétillait de temps en temps à ce qui venait à
passer : voiture, tracteur, pékin égaré. Bref, elle est très "people" et s'intéresse
à tout ce qui brille. Une vraie concierge, croyez-moi.
Et voilà pas que, tout à coup, elle reconnaît la voix, l'allure, ou l'odeur de Patty
D'Arbanville, qui se promenait assez loin, sur Le Petit Chemin, avec une copine.
Je savais, moi, que Patty prendrait grand soin de ne pas se rapprocher. Depuis
l'arrivée de Sloopy, elle a compris que c'était risqué. Au début elle venait faire
des papouilles aux deux gazelles, et à moi aussi, soyons justes.
Elle agissait comme du temps où nous étions seuls, Marcella et moi. Cette chère
Patty pensait qu'on s'ennuyait, La Douce et moi, en l'absence de nos "parents".
Marcie, peut-être. Elle aimait bien voir Patty. Moi, je ne m'ennuie jamais, ayant
beaucoup à faire. Mon territoire est grand, j'en assure la surveillance. Cela exige
des patrouilles régulières, je vous assure. Pas d'immigrés chez moi, c'est une
chose que je ne tolère pas. J'accepte quelques amis, mais gare à l'étranger !
Non, je ne suis pas borgne, ni blonde, pourquoi demandez-vous ça ?
Donc, elle reconnaît de loin la jolie Patty. Elle suppose sans doute qu'elle va lui
porter un biscuit, comme elle le fait parfois. Et, en tant que goinfre de première,
elle se met à japper de joie, pour attirer son attention.
Peine perdue. Je le savais. Je referme un oeil, m'apprêtant à me rendormir.
Parce que, depuis qu'un jour elle a fait trois fois le saut de l'ange, en prenant son
élan pour sauter le grillage, qui n'est pas si haut que ça, ce n'est pas un record ...
bien que, pour cette grosse feignasse de Sloopy...passons...
Donc, depuis qu'elle a sauté trois fois pour suivre Patty ... Qui l'a patiemment
ramenée deux fois. En ouvrant et refermant le portail très vite. Veillant à ce que
Marcella ne s'échappe pas aussi (comme si la Marcella allait s'échapper...
je me marre...) Et en s'énervant un peu la troisième fois. Là, elle a attaché la
petite mère à une longue corde, fixée à un crochet. Cette corde leur sert quand
ils gardent un chien, le temps de retrouver ses propriétaires. Il peut ainsi aller
sur la pelouse à sa guise, ou rentrer dans la remise à bois. Où ils ont aménagé
une très grande "maison-niche", avec d'épaisses couvertures en rideau pour
l'hiver. (Bon, moi on m'a fait un très joli "perchoir" en hauteur, abrité, accessible
avec une "échelle". De là, je surveille mon territoire, lorsque je n'ai pas envie
de me déplacer.)
Alors, à la troisième fois, quand Patty lui a mis la corde au cou et est partie sans
se retourner, malgré les gémissements éhontés de la Sloopy (alors que nous
savions pertinemment que "maman" allait rentrer dans moins d'une heure),
savez-vous ce qu'elle a fait ? Elle a re-sauté, cette abrutie, et elle est restée
pendue au grillage. C'est un voisin qui l'a décrochée. Soi-disant qu'elle aurait pu
s'étouffer ... Tu parles...elle aboyait tant et plus, elle avait de l'air dans les
poumons !
Donc, vous avez compris pourquoi Patty D'Arbanville ne risquait pas de prendre
le risque de s'approcher de la bête. Je pouvais dormir tranquille, c'était sûr !
Et là, juste quand j'allais m'assoupir, voyant que Patty disparaissait déjà au loin,
"l'évènement" est arrivé !
Cette imbécile de Sloopy a soudain pris son élan, et hop ! Voilà qu'elle a sauté
par-dessus le grillage, et s'est mise à courir comme une dératée sur Le Petit
Chemin, dans l'idée, sans doute, de rattrapper sa chère Patty.
Seulement, ce que je sais, MOI, parce que je suis au courant des habitudes du
quartier, et qu'elle igore, elle, cette nouvelle venue, c'est que Patty gare sa
voiture au bout du Petit Chemin, près de la Nationale. Et qu'elle la reprend après
sa promenade, pour rentrer chez elle. Elle pouvait donc toujours courir !
Patty était loin ! Et je lui souhaitais bon courage, à la Sloopy, sur la Nationale !
Car rattrapper Patty ne serait pas une partie de plaisir !
( A SUIVRE . . . )