Mademoiselle Sloopy faisant un petit somme sur la pelouse . . .
Cacao rentra de son travail et trouva dans le jardin la border-colley
Marcella-La-Douce, qui lui fit fête. Sur la terrasse, sommeillant sur sa chaise-
longue, Maurice-Le-Chat ouvrit un oeil et commença à s'étirer. Mais où était
donc la petite Sloopy ? Bien étonnant qu'elle ne se montre pas ! Dormait-elle
dans un coin ? Cacao fit rapidement le tour du jardin, appela, pas de Sloopy.
Il avait fait très chaud, mais le ciel se couvrait, et l'on entendait déjà au loin
gronder l'orage. Pour cette raison, elle s'était dépêchée de rentrer, sachant que
Sloopy, plus encore que Marcella, avait très peur du tonnerre.
Bon, il fallait se rendre à l'évidence. Une fois de plus, Sloopy-La-Terrible était
partie faire un tour. Pourtant le portail était bien fermé, et l'endroit du grillage par
lequel elle avait l'habitude de sauter avait été rehaussé et renforcé . . .
La maligne avait sans doute trouvé un autre chemin d'évasion.
L'orage se rapprochait, il fallait faire vite. Cacao enferma Marcella et Maurice
dans la maison, sauta dans sa voiture, et se dirigea vers la rivière. Sloopy ne
manquait jamais de s'y baigner lors de leurs promenades, elle était peut-être
par là. Elle longea trois fois les berges, passa et repassa par les différents
chemins possibles pour y accéder, et ne vit rien. Ni chienne, ni pêcheurs, ni
âme qui vive. Il faut dire que le vent s'était levé, faisant ployer les arbres, voler
des feuilles et des brindilles, soulevant la poussière au bord des sentiers.
Elle se résigna à rentrer. Elle avait laissé le portail ouvert, qui sait si Sloopy ne
serait pas revenue . . .
Malheureusement ce n'était pas le cas. Il commençait à pleuvoir très fort, et le
tonnerre se rapprochait. Dans son panier, Marcella n'était pas fière. La tête
entre les pattes, elle attendait des heures meilleures. Monsieur Maurice était
monté au premier étage, sur "son" canapé, et se léchait tranquillement.
Cacao regarda si le voyant du téléphone clignotait, espérant que quelqu'un du
village lui aurait laissé un message. Qu'il avait "recueilli" la petite Sloopy, et
qu'elle pourrait aller la chercher. Sloopy avait une médaille avec son numéro de
téléphone. Elle avait aussi, comme sa soeur et son frère, une puce électronique.
Il ne fallait pas paniquer : soit elle reviendrait toute seule, soit quelqu'un la
trouverait. Cacao mit de l'eau à chauffer pour se faire du thé.
L'orage était sur le village maintenant, il grondait et cognait fort, et les éclairs
étaient impressionnants. Pourvu que Sloopy, affolée, ne se jette pas sous une
voiture . . . Dès qu'il ferait moins mauvais, elle repartirait à sa recherche.
Le compteur disjoncta. Elle remit la lumière, qui se coupa à nouveau une minute
plus tard. Il faisait noir comme en hiver. C'était lugubre.
Soudain, le téléphone sonna. Marcella sursauta, dans un faible aboiement. Cacao
renversa un peu de thé en se ruant pour répondre. Elle savait pourtant qu'utiliser
le téléphone était dangereux pendant un orage !
Au bout du fil, une dame à la voix très jeune, avec un accent qu'elle pensa
anglais :
-- On a trouvé votre chien !
-- Oh ! Merci ! Où êtes-vous ? J'arrive !
Il s'avéra que la dame et son mari étaient assez loin. Sloopy avait fait pas mal de
chemin, le tout sur une route Nationale très fréquentée.
Très gentiment, la jeune femme indiqua où ils se trouvaient, décrivit leur voiture,
et accepta d'attendre. Cacao roula aussi vite que le déluge le permettait.
Le couple l'attendait patiemment, à l'abri dans la voiture. Les plaques étaient
jaunes, elle comprit qu'ils étaient Hollandais.
Et, confortablement installée sur leur banquette arrière, à côté d'un très joli chien
de race indéterminée (les bâtards sont toujours craquants), Mademoiselle Sloopy
se prélassait . . .
Seule la dame parlait français. Elle expliqua qu'ils avaient vu un chien marchant
au bord de la route sous l'orage, qu'ils avaient fait demi-tour un peu plus loin, et
que son mari avait, sans peine, approché Sloopy. L'avait attachée à la laisse
de leur propre chien, essuyée et mise à l'abri. Puis, avec son portable, elle
avait appelé le numéro gravé sur la médaille. Ils étaient très aimables et
calmes, et jurèrent, tandis que Cacao se confondait en remerciements, que
l'incident ne les avaient pas retardés le moins du monde . . .
Et vous savez quoi ? Au moment de repartir, Mademoiselle Sloopy semblait
rechigner à descendre de voiture ! Non à cause de la pluie, qui s'était un peu
calmée, mais parce qu'elle n'avait pas envie de quitter le chien, son nouveau
copain . . . Que, d'après les Hollandais, elle avait immédiatement adoré . . .
Et qui, semblait-il, le lui rendait bien . . .
A M E R C R E D I . . .
D A N S L' T A X I . . .