Après le vieil Alphonse, dont vous
avez lu les aventures dans l'article
précédent, ce fut le tour d'Emilienne
de s'illustrer à la saison des noix.
Tôt chaque matin, Prunie L'Aventurière,
en partant travailler, la trouvait au bord
de la route, un seau rempli de noix à
chaque bras. Elle ramassait "sur les bordures", comme elle disait, avant que trop
de voitures ne passent et n'écrasent tout. Elle avait bien raison, car chaque matin
elle faisait bonne récolte.
Elle était vieille, mais toujours dynamique. De la façon dont elle s'attifait, elle
ressemblait à Carmen Cru, l'héroîne de la bande dessinée de Lelong.
Prunie L'Aventurière arrêtait son Kangoo, soulevait le hayon arrière, l'aidait à
charger, puis la déposait chez elle.
Un matin, il pleuvait à verse. Emilienne, vêtue d'un ample imperméable et coiffée
d'un vieux chapeau de pluie, tous deux lui seyant à merveille, était fidèle au
poste.
" Ne descendez pas, dit-elle à Prunie, vous allez vous tremper ! "
Prunie la vit passer derrière la voiture, soulever le hayon avec énergie et ...
il y eut deux drôles de bruits ... un genre de couinement, comme quelque chose
qui plie, immédiatement suivi d'un grand boum... Puis le silence se fit...
P.L'A comprit immédiatement, et en fut épouvantée.
Elle avait levé le hayon si haut, et avec tant de force, qu'elle avait démantibulé
le vérin. Et la porte était lourdement retombée ...
Prunie était sûre qu'à ce moment là elle était déjà penchée à l'iintérieur
du coffre. Plus morte que vive, elle appela. Pas de réponse.
Le temps de descendre et de se rendre sur les lieux du drame, elle fut sûre
qu'Emilienne était morte, et se demanda quelle partie de sa colonne vertébrale
serait sectionnée. Serait-ce au niveau du cou, des reins, au milieu du dos ?
Le spectacle serait de toute façon horrible. Mais il fallait l'affronter.
A l'arrière de la voiture, deux jambes chaussées de bottes en caoutchouc
dépassaient. P.L'A. eut l'impression que le bord de la porte reposait sur les
fesses rebondies, pour ne pas dire les grosses fesses, d'Emilienne.
Il restait peut-être un espoir. Cependant, elle n'en n'était pas sûre. L'émotion
lui brouillait la vue.
( A suivre )
