Défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax
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Le défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax représente une des actions les plus emblématiques de l'histoire du maquis de l'Ain et du Haut-Jura. Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que le gouvernement du maréchal Philippe Pétain interdit toutes cérémonies commémoratives de l'Armistice de 1918, les chefs du maquis décident de passer outre l'interdiction et organisent audacieusement un défilé dans les rues d'Oyonnax, en zone occupée.
Préparation
Le 11 novembre 1943 représente le vingt-cinquième anniversaire de l'Armistice de 1918. La France, sous le gouvernement du maréchal Philippe Pétain, interdit toutes cérémonies commémoratives de la victoire des Alliés sur l'Empire allemand. Malgré l'interdiction, les chefs de la résistance intérieure décident le dépôt de gerbes au pieds des monuments aux morts[ Le chef des maquis de l'Ain, le capitaine Henri Romans-Petit, organise un défilé pour contrer l'image de terroristes que le maréchal Pétain voulait donner aux maquisards
Tactiques pour tromper l'occupant
De crainte d'être repéré par l'ennemi et pour tromper d'éventuels collaborateurs, plusieurs villes du département de l'Ain, comme Bourg-en-Bresse, Ambérieu-en-Bugey ou Belley sont citées pour être le lieu du défilé Oyonnax ayant été choisie, les états-majors organiseront la dépose de gerbes portant la même inscription — « Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 » — sur les monuments aux morts de ces communes.
Le lieu du défilé est annoncé dans plusieurs villes pour tromper d'éventuelles dénonciations. La ville d'Oyonnax est choisie pour l'activité intense de l'armée secrète locale. La manifestation est préparée par Noël Perrotot, Élie Deschamps et Gabriel Jeanjacquot tous trois Oyonnaxiens connaissant la ville. Deux hommes sont chargés de sécuriser et neutraliser la ville, il s'agit d'Henri Girousse et d'Édouard Bourret qui obtiennent le concours du commissaire de police et du capitaine de gendarmerie ainsi que la neutralisation du central téléphonique
Uniformes et armement
Les maquisards étaient équipés uniformément de blouson de cuir, d'une culotte verte, de ceinturons et de bérets. Ces uniformes provenaient de la première action d'envergure réalisée par le maquis sous la direction d'Henri Romans-Petit : la prise du dépôt d'intendance des Chantiers de la jeunesse à Artemare dans la nuit du 10 septembre 1943.
Afin de présenter l'image d'une troupe organisée militairement et donc d'assurer l’uniformité de leur armement, certains maquisards défilèrent avec de fausses mitraillettes « Sten » en bois qu'ils avaient eux-mêmes fabriquées.
Le défilé du 11 novembre 1943
Vers midi ce 11 novembre environ deux cents maquis de l'Ain et du Haut-Jura, aux ordres du colonel Henri Romans-Petit, prennent possession de la ville d'Oyonnax. Ils défilent jusqu'au monument aux morts, marchant au pas au son du clairon avec le drapeau français en tête. Ils y déposent une gerbe en forme de croix de Lorraine portant l'inscription :
« Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 »
Durant le défilé, la sécurité est assurée par des maquisards masqués. Il s'agit d'Oyonnaxiens chargés de surveiller la foule pour repérer d'éventuels miliciens, ou collaborateurs. Le masque, un tissu blanc ouvert de deux trous pour permettre la vue, et glissé sous le béret sert à dissimuler l'identité du personnage pour éviter toutes représailles sur sa famille vivant dans la commune.
Après une minute de silence et une Marseillaise entonnée avec la foule, ils repartent en chantant « Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine » rejoignant les camions qui les ramènent vers leurs camps dans la montagne.
Actions simultanées
Drapeau français à croix de Lorraine.
Le même jour, une gerbe portant la même inscription — « Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 » — est également déposée aux monuments aux morts des communes de Nantua, Belley, Hauteville, Meximieux, Seyssel et Saint-Rambert-en-Bugey.
À Bourg-en-Bresse, avant la levée du matin, le chef maquisard du secteur, André Levrier, et ses compagnons se rendent à proximité du socle où était posé un buste d'Edgar Quinet avant son enlèvement par les Allemands, et mettent en place un buste de Marianne frappé des lettres « RF », pour République française, et un drapeau de la France à croix de Lorraine. Dans le même temps, un groupe se rend au monument aux morts pour y déposer la gerbe. Lorsque cela est découvert, les Allemands font tout retirer.
Conséquences du défilé
Conséquence médiatiques
Événement éminemment symbolique et médiatique, le défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax a un retentissement important en France et à l'étranger.
La manifestation est couverte par André Jacquelin (texte et photographies), le seul journaliste des maquis de l’Ain. Un film est également tourné par le maquisard Raymond Jaboulay, fils d'Henry Jaboulay.
Le reportage d'André Jacquelin est publié par Bir Hakeim, « Journal républicain mensuel paraissant malgré la Gestapo, malgré le négrier Laval et son gouvernement de Vichy » dans son numéro de décembre 1943.
L'événement est également rapporté le 31 décembre 1943 dans un faux numéro du Nouvelliste, un journal collaborationniste (interdit de publication pour cause de collaboration après guerre). Réalisé par les Mouvements unis de la Résistance et tiré à 30 000 exemplaires, ce journal sera distribué entre 5 et 7 heures du matin dans les kiosques et chez les marchands de journaux de Lyon par des Groupes Francs de la Résistance lyonnaise, les vrais exemplaires étant confisqués au motif de censure.
Ont notamment participé à la rédaction de ce numéro apocryphe et sans signatures : Marcel Grancher et Pierre Scize Henry Jaboulay, peut-être Eugène Pons, Yves Farge et Jacques Bergier. Les articles et les photographies sont publiés dans la presse anglo-saxonne, notamment par le New York Times.
Représailles
Le gouvernement de Vichy reçoit un rapport des RG le 13 novembre 1943, qui mentionne :
« […] cette journée du 11 novembre 1943 détermine assez exactement le peu de cas qu'il est fait du gouvernement actuel […] Il apparait utile de noter, à propos des incidents d'Oyonnax, la forte impression qu'à produit sur la population de cette ville, le défilé des « Jeunes du maquis ». […] Face aux évènements politiques qui bouleversent notre territoire et notre empire, certains n'écartent pas l'hypothèse, dans un temps prochain, d'un prompt rétablissement de l'ordre, grâce à ces cohortes encadrées par des officiers spécifiquement français. »
— Rapport de la Direction centrale des Renseignements généraux le 13 novembre 1943
Par crainte que les maquisards s'attirent la sympathie des populations, le gouvernement décide de mener successivement deux répressions dans le Haut-Bugey. La première mobilise un groupe de 500 groupes mobiles de réserve le 18 novembre 1943 pour attaquer le camp des Granges. Cependant, la seule voie permettant de rejoindre la ferme est difficile d'accès et les tirs de riposte obligent les troupes à battre en retraite. Une seconde attaque est programmée avec 1 500 GMR. Un des chefs du maquis organisateur du défilé du 11 novembre, Élie Deschamps, apprend que quelques chefs des GMR craignent cette nouvelle attaque contre le maquis car ils estiment leur population à un millier d'hommes. Cette population n'est pourtant que de 90 personnes à la ferme des Granges lors de la première attaque. Élie Deschamps prend contact avec un officier de la garde mobile, qu'il appelle Vincent. Il est l'un des responsables des troupes allant attaquer le ferme. Les deux hommes acceptent un accord qui consiste à évacuer le camp au moment de l'attaque. Les GMR peuvent alors récupérer une arme et des journaux clandestins comme preuve de leur victoire.
Conséquence politiques
Quelques semaines plus tard, la presse anglo-saxonne diffuse l'information concernant le défilé. À Londres, Emmanuel d'Astier de la Vigerie en informe lui-même Winston Churchill
C'est le défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax qui a, dit-on, achevé de convaincre Winston Churchill de la nécessité d'armer la Résistance française
D'autres conséquences du défilé auront lieu au cours des mois suivants avec notamment la fusillade du maire d'Oyonnax Paul Maréchal et son adjoint Auguste Sonthonnax en décembre 1943
Oyonnax a été récompensée de son attitude et de son enthousiasme par la Médaille de la Résistance qui figure sous son blason.
Les participants au défilé
Les participants au défilé sont les chefs des maquis ainsi que des hommes des camps de Morez et de Corlier. L'organisation du défilé est décrite ci-dessous
Composition des sections 1 et 2 du camp de Morez
Alloin Georges, Assadas Pierre, Bayon Marc, Bernachon Robert, Billard Jean, Bolcato Victor, Bonnaud René, Carroz Georges, Caufiez Jean, Cerciat Georges, Charadia Ferutio, Chavasse Noël, Chevalier Jean, Chevalier Maurice, Cini Louis, Clement André, Collet Eugène, Colombel, Comtet Raymond, Curtet Philippe, Demia Maurice, Denton Raymond, Dubois Maurice, Dubost Eugène, Dur Roger, Durand Henri, Escoffier René, Finaly Christian, Garden Marcel, Girolamy Honoré, Golay René, Graver Roger, Grelounaud Roger, Grosclaude Jean, Grummault Marcel, Guillemot René, Herin Francis, Innocent Alfred. Jacquet Michel, Jacquet Pierre, Jubelin Paul, Kosperzack Marcel. Legodec Auguste, Lemine Jean, Linsolas Paul, Marini Pierre, Marmont Raymond, Massacrier Raymond, Mathys Eugène, Mauget Jean, Merigneux René, Merigneux, Mongin Alexis, Mulard Jacques, Mulard Raymond, Murtier André, Musset Marcel, Niogret René. Orset Henri, Page Georges, Page Roger, Parjoie Aimé, Pechu René, Perret Elie, Perrin Roger, Plantier René, Plasse André, Pouillard Jean, Pradat Roger, Prospero Jean-Pierre, Rendu Marcel, Rochas Marcel, Roche Julien, Roche Marius, Rousse Jean, Sartory Charles, Sinardet Gabriel, Tanton Roger, Thedenat Pierre, Therond Jacques, Tisserand Jean, Tosi Georges, Vandeville Jean, Verdaud Georges, Vighetti Stéphane, Vincent Raymond, Vuillard Maurice, Zwenger Jean-Baptiste
Composition de la section 3 du camp de Corlier
Bellamy Lucien, Bonardi Floriand, Boulaie, Chappaz Alexandre, Chauvin Jean, Dante Campioli, Debesse Louis, Doleatto Albert, Fabre Lucien, Fardel André, Faron Armand, Girard Henri, Jacquet Jean, Lazzarin Georges, Legard Raymond, Lugand Marcel. Maréchal Paul, Mermet Hubert, Montinoise Robert, Neyraud, Norbert Francisque, Nugues René, Payan Raymond, Planaises Jean, Prost Henri, Sordet Robert, Zubiani Gaston, Antoinet René
Composition du groupe des Espagnols (camp de Corlier)
Jimenez François, Lacayo Joseph, Martinez Hermenegildo, Molinez, Reinoso Eustaquio, Sobrino, Uroz (Jacqy)