A QUOI RÊVENT LES JEUNES FILLES ?




Comm' ta "vieille" tatie.

Arnaud (La Page Sept), sa "Tidou" (La Page Neuf) et A.Laure (La Page 8)




A QUOI RÊVENT LES JEUNES FILLES ?




Comm' ta "vieille" tatie.

Arnaud (La Page Sept), sa "Tidou" (La Page Neuf) et A.Laure (La Page 8)





Tu sais, Cacao, dit Prunie L'Aventurière, je suis de
plus en plus découragée par mon travail . . . J'ai décidé, sur le
tard, après une vie professionnelle déjà bien remplie, de me
lancer dans cette activité "d'aide à domicile" à cause du mot :
"AIDE".
... Pensant être utile, et adoucir un peu la vie des gens dans
les embêtements. J'avais réalisé combien cet "humble" métier
avait de l'importance, avant la mort prématurée de ma petite
soeur, puis de mon papa, resté longtemps paralysé.
Tous deux avaient reçu non seulement aide dans leurs gestes
quotidiens, mais aussi soutien moral extérieur à la famille,
leur procurant une bouffée d'oxygène et d'ouverture
sur la vie, eux qui ne pouvaient plus sortir...
Et bien, vois-tu, en ce moment, j'ai l'impression que mon rôle
est complètement dévoyé.
-- Pourquoi donc, demanda Cacao ?
-- Parce que les bénéficiaires de l'A.P.A (allocation personnalisée
d'autonomie) utilisent, à d'autres fins que celles prévues, les
deniers du Conseil Départemental.
-- Que veux-tu dire par-là ?
-- Je te donne un exemple : depuis trois ans, je travaille pour un
vieux monsieur marchant avec un déambulateur, suite à deux
opérations des hanches qui ont mal tourné. En principe, je suis
chargée de m'occuper de lui et de son bien être : le faire marcher,
le promener en voiture, l'emmener chez le médecin ou faire des
courses, rendre sa chambre agréable et sa vie plus facile.
Et bien, vois-tu, j'ai souvent à peine le temps de seulement lui
parler !
-- Comment ça ? Tu y vas pourtant plusieurs heures par
semaine !
-- Oui, mais le problème, c'est que son dragon d'épouse, qui se
fiche de lui comme de l'an quarante, et lui mène une vie infernale,
m'utilise pour bien d'autres choses que je ne suis absolument pas
censée faire . . . De fil en aiguille, elle en invente toujours plus.
Je dois faire tout le gros ménage, nettoyer les congélateurs, les
trente ans de graisse cuite collée sur la gazinière et la hotte de la
souillarde où elle fait ses conserves de canard, arracher l'herbe
des allées, briquer les cuivres, râtisser les feuilles mortes chaque
automne, bref, elle me considère comme sa bonniche personnelle.
-- Mais pourquoi ne protestes-tu pas ?
-- Pour deux raisons : d'abord parce que ce n'est pas loin . . . Tu
sais qu'on nous donne très peu de frais de déplacement. Comme
ma voiture ne marche pas encore aux courants d'air, j'évite de
trop rouler. Et puis, vois-tu, cette sorcière est très copine avec
ma chef de secteur . . . alors si j'en parle, ça me retombera sur
le nez, et on m'enverra jerker à vingt kilomètres . . . où ce sera
peut-être encore pire . . .
-- C'est sans doute une bonne femme qui a l'habitude d'être
servie !
-- Pas du tout ! Ce sont des gens très modestes. Elle était ouvrière
d'usine.
-- Alors, je ne comprends pas, elle sait pourtant ce que travailler
dur veut dire . . .
-- Et bien, je vais t'étonner ! L'expérience m'a appris que ce sont
souvent ces gens-là qui t'exploitent le plus, et sont le plus infects
avec toi !
-- Mais pourquoi ?
-- Sans doute parce qu'une fois à la retraite, ils trouvent plaisir
à se venger, sur aussi subalternes qu'eux, des couleuvres qu'ils
ont avalées au cours de leur vie professionnelle ! Sais-tu que la
phrase favorite de cette grosse vache, lorsque j'ai des velléités
de rébellion, est :
" Evidemment, si vous ne voulez pas travailler ..."
Figure-toi que depuis quelques jours, à "temps perdu", comme
elle dit, elle me fait nettoyer les joints du carrelage d'une
vieille douche, immondes car pas entretenus depuis la nuit
des temps, à la brosse à dents, alors que lui ne peut plus
se doucher, vu son handicap, et qu'elle, elle se lave quand
elle y pense . . .
-- Non ! ! !
-- C'est comme je te le dis ! Et idem pour le carrelage de toute la
maison, où les joints sont encrassés depuis des lustres.
Elle a décidé que j'allais tout "resuivre", c'est son expression,
petit à petit, pièce par pièce . . . Tu comprends pourquoi j'ai
si mal au dos !
-- Et le pauvre mari ?
-- Oh ! lui, il ne dit rien. Que veux-tu qu'il dise ! Il a besoin d'elle
dans son état. Et puis c'est un homme doux et faible. Il s'est
fait humilier toute sa vie, il ne va pas réagir maintenant . . .
A B I E N T Ö T . . .
S U R M O N VELO . . .
Certains soirs, parce que la Page
Huit avait crié trop fort, en jouant
dans le jardin, ou parce qu'il avait
mieux à faire, Maurice ne rentrait
pas. Ni le lendemain matin.
Ni le soir suivant ... On se mettait
alors en quête de lui, à travers
prés et champs, aux alentours...
On savait où chercher...On finissait
toujours par trouver...
On se faisait peur, se persuadant qu'il n'avait rien mangé depuis deux
jours. Ce qui était faux, on le savait bien. Comme tous les mulots du coin.
Et tous les petits lapins. Car Maurice-
Le-Cruel guettait les naissances devant les terriers. Il y passait des journées et
des nuits entières. Pas malheureux du tout. Surexcité au possible. Nous faisions
tout pour le dissuader, et sauver quelques lapins.
Oui, le côté obscur de Maurice se révélait l'été. Poussé par son instinct, il
devenait serial-killer. De cela, nous ne disions mot à la Page Huit. Elle avait trop
haute opinion de lui, à quoi bon gâcher la fête.
Lorsque nous étions en "grave"quête du chat, elle avait ordre de ne pas bouger
de la maison. Elle faisait donc la lecture à son arrière-grand-mère, pour montrer
sa sagesse. Ce sont d'habitude les mamies qui lisent des histoires aux enfants
pour les endormir. La Page Huit préférait le contraire.
Peut-être dans l'espoir d'endormir la mamie. Qui avait grande patience pour
l'écouter lire, à sa façon, et en boucle, toujours les mêmes histoires. Ses
préférées.
Les mêmes...pas tout à fait. Car ce qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer, La Page
Huit l'inventait, n'hésitant pas à changer de version, d'un soir à l'autre. Ce qui
enchantait son arrière-grand-mère.
Si toutefois elle entendait tout.
" Cette enfant lit très bien, disait-elle."
... Or donc, ce soir-là, nous avions enfin trouvé Maurice. A grands renforts de
tintements de cuillère dans les prés. Sûrs qu'il ne voudrait pas rentrer, nous
venions de lui ouvrir sur place une boîte de pâtée. Le bruit du couvercle qui
saute l'intéressait toujours. Il allait condescendre à manger un peu dans son
bol, juste pour faire plaisir à ses "parents".
C'est le moment que choisit La Page Huit pour surgir en hurlant :
-- Venez-vite ! Venez-vite !
Comme elle ne semblait ni blessée, ni franchement inquiète nous lui dîmes :
-- Mais enfin, pourquoi cries-tu comme ça ! Alors qu'on t'avait recommandé
d'être calme pour ne pas faire fuir Maurice !
-- Ah ! C'est parce que c'est trop grave ! Mamie m'envoie vous dire que les
toilettes sont bouchées, et qu'il y a un crapaud dans la cuisine !
A CET APREM ' . . .
SUR MON TANDEM . . .
Photo Thibaud Mischler, dit Winter Snow
La Page Huit poursuivait agréablement ses vacances à la
campagne, qu'elle animait considérablement. Son arrière grand-mère et le chat
Maurice sursautaient souvent sur son passage, mais elle savait aussi les enjôler.
Si bien que dans la chaleur de l'été, des jours tranquilles, remplis de tous petits
bonheurs, coulaient doucement.
Le soir, après dîner, on allait jusqu'au cimetière. On n'avait aucun mort à visiter.
On allait y chercher Maurice. A cette heure-là, c'était son territoire.
Les chats se plaisent en ces lieux, y trouvant sans doute de petites proies...
Ou pour des raisons mystérieuses et obscures, qui leur appartiennent...
Le mien aime s'allonger le soir sur les pierres tombales encore chaudes.
Lorsqu'on l'appelle, il ne se presse pas. On ne rentre pas dans le cimetière, sauf
s'il tarde vraiment. On suppose juste qu'il y est.
Le jeu consiste à siffler plusieurs fois, comme un merle, le long du chemin, puis à
écouter une réponse lointaine. Qui vient vite, ou pas.
En général, on entend un miaulement léger, puis qui se rapproche, jusqu'à ce
qu'on arrive vers le haut mur du cimetière. On s'assied sur le banc, en face.
Et l'on attend, plus ou moins longtemps, les yeux fixés sur le sommet.
Le chat ne miaule plus, on se demande si on a rêvé l'avoir entendu...
On écoute le silence, en surveillant le mur. Tout le long du mur. Ne sachant
jamais où il va apparaître. Les paris sont presque toujours mauvais.
Dans combien de minutes ? A quel endroit ? Devra-t-on resiffler un peu ?
La Page Huit se trémousse, dans la joie et l'inquiétude de l'attente.
On fait mine de désespérer, parlant de rentrer. Elle insiste pour rester :
" Encore un petit moment, s'il vous plaît, je suis sûre qu'il va venir. "
Elle siffle à son tour, jure qu'elle perçoit un petit miaulement. On prétend ne
pas avoir entendu. D'ailleurs, il n'y a plus rien.
Et soudain, sur le mur noir, apparaît une silhouette sombre, qui se découpe dans
le couchant, et qui nous fascine. Maurice est là. La Page Huit se tait.
Il ne faut pas le brusquer, ou chercher à l'attraper. Seulement dire, d'un ton
indifférent : " Tu viens Maurice ? "
Puis repartir vers la maison, sans trop se retourner, ou alors discrètement.
Il suit à distance. Si on le regarde, il s'arrête, subitement intéressé par quelque
chose dans les herbes.
Alors on rentre, on le laisse faire. Devant la maison le dernier jeu consiste à dire :
" Mais où est donc le petit Maurice ? Il n'est pas là ce chat ? "
Ces mots ont le don de le faire jaillir de la nuit, miauler, puis minauder.
La Page Huit peut alors annoncer, raisonnablement fort, et sur un ton de
plénitude :
"Il est là, Maurice ! "
Il ronronne et roucoule. Elle jubile.
On dirait que tous deux dansent de joie. Puis il attend, elle le nourrit, le caresse.
Il se frotte à ses jambes, vient dans les nôtres. S'installe sur le muret, se lèche
tranquillement. On s'assied un peu dehors, à prendre le frais et à le regarder.
Il nous surveille un moment. Vérifie que les choses sont en ordre.
On ne sortira plus ce soir. Il nous a ramené au bercail.
C'est nuit noire. Le moment est venu pour lui.
De disparaître vers d'autres aventures.
A DEMAIN . . .
DANS LE SOUS - MARIN . . .
( A SUIVRE ... )
- Prunie l'Aventurière, dit Cacao, tu
sais que j'ai deux nièces,
Carotte, dont je viens de te parler,
et La Page Huit, qui est un peu plus
âgée.
Elles ne sont pas soeurs, elles
sont cousines.
- Oui, oui, bien sûr. Mais ce dont
je me souviens mal, c'est pourquoi elle s'appelle La Page Huit ...
- Oh ! Ceci est une autre histoire !
Voyons d'abord celle-là.
Pour les "un an" de Maurice-Le-Chat, La Page Huit, qui en avait six, avait
décidé qu'il fallait un gâteau à la chantilly, afin qu'on puisse donner au moins de
la crème au chat. C'était le huit Juillet.
Nous avions dîné à la fraiche sur la terrasse, et pas vu le chat de la journée. Il est
vrai que La Page Huit, très expansive, avait fait pas mal de bruit et poussé force
cris ce jour-là. Nous lui expliquâmes que, si elle voulait que Maurice rentre faire
honneur à son dessert, il fallait être très calme ce soir-là. Et l'appeler doucement
au moment voulu, car il ne devait pas être loin.
Elle suivit à la lettre nos instructions, ne disant pratiquement pas un mot à table,
et nous recommandant sévèrement de parler à voix basse.
Ce n'était pas vraiment facile, car nous recevions aussi ma grand-mère, qui était
son arrière-grand-mère, un peu dure d'oreille.
A la fin du repas, La Page Huit ne se fit pas prier pour aider à lever le couvert et
mettre les assiettes à dessert. Puis elle apporta fièrement le gâteau, sur lequel
elle avait mis une bougie, qu'elle alluma.
-- C'est un peu tôt pour allumer, dit son arrière-grand-mère. Attends de trouver le
chat d'abord !
La Page Huit se mit donc en devoir d'appeler Maurice, très doucement, dans
chaque recoin du jardin. Au bout d'une dizaine de minutes, elle revint, dépitée,
souffler elle-même la bougie.
A l'étonnement général, ce fut à cet instant que le chat apparut, nonchalamment,
au bout de la terrasse. Elle fit sans doute un gros effort pour ne pas crier, comme
elle en mourrait d'envie : "Maurice, voilà Maurice !"
A la place, elle prit délicatement une soucoupe, y déposa une bonne ration de
chantilly, faisant un peu tinter la cuillère, ce qui attirait toujours l'animal.
Déjà, il s'avançait. Elle alla à sa rencontre, déposa très précautionneusement
l'assiette par-terre. Puis recula un peu, pour juger de l'effet, et s'accroupit
lentement, face à lui.
Maurice commença à lécher la crème, avec un empressement et une satisfaction
faisant plaisir à voir. Pendant environ cinq secondes.
Car ensuite, La Page Huit, au comble du ravissement, ne réussit pas à se retenir
de crier bien fort, dans le silence de la nuit tombée :
" Bon anniversaire, Maurice ! "
Il détala sur le champ. On ne le revit pas avant le lendemain soir.
A LUNDI . . .
DANS L' TAXI . . .
( A suivre)
Vous le savez déjà, ( Allo le monde, ici Maurice-Le-Chat ! ) elle a
osé m'attacher !
Moi, Maurice-Le-Vagabond ! L'explorateur des campagnes. Le roi de la
chasse aux lapins ! Dix-sept ans d'expérience dans cette activité. C.V.
sur demande.
Moi, Maurice-Le-Chat, chef d'un immense territoire dans mon Lot natal !
Qu'elle m'ait emmené dans son nouvel appartement, passons. J'accepte.
Après tout, je l'aime bien. L'hiver dernier, on est allé à la montagne avec
elle. Sloopy, Marcella et moi. Et on s'est bien amusé dans la neige. On ne
connaissait pas. Surtout mes idiotes de soeurs, qui n'étaient même pas nées
quand on en a vu une fois dans le Lot.
Cet été, elle avait dit qu'on allait "en ville". Dans la nouvelle maison de
"maman". N'importe quoi. Ce n'est pas du tout une maison, même s'il y a
un petit jardin. A mon avis, elle s'est fait avoir. Une maison, c'est bien
plus grand. Passons. Comme toutes les femmes, elle n'y connaît rien.
Mais question embêter le monde, avec une longue corde ficelée au volet, ça,
elle sait faire ! Enfin, rien qu'une journée. Je vous ai déjà raconté. J'ai
vite réussi à l'en dissuader.
J'avais juré de me venger. Je vous l'avais dit. C'est fait. Et bien fait.
Oh ! Pas tout de suite. J'ai attendu mon heure, fait mon sage, mon "mignon
chat", comme elle dit. Elle trouvait que je m'étais bien adapté, que j'étais
"raisonnable"... Je buvais du petit lait, dans l'attente de ma revanche.
Au début, elle ne me laissait dehors que lorsqu'elle était là. Puis, devant
ma "sagesse", elle s'est enhardie. Même quand elle partait, "travailler",
soi-disant, ( truc que font les humains pour acheter des boîtes, des
croquettes, de la litière, des paniers, des coussins, et peut-être des
choses inutiles, pour eux, je ne sais pas) je pouvais rester dehors, sur ma
chaise longue personnelle, ( Méfie-toi, Sloopy ! ). Ou sous la haie, à faire
mon "gentil chat".
Un jour, je l'ai entendu parler avec Christiane. De "Toulouse". De "danse
orientale". De la fille de Christiane qui allait faire un "spectacle".
Aucun intérêt pour moi dans ces mots. Du chinois. Qui m'empêchait de
faire tranquillement ma sieste.
Pourtant, la fin de ce bavardage pénible a retenu mon attention :
- On partira à 18 H dernier délai, pour avoir de bonnes places.
- Tu as raison, je sortirai les filles un peu avant, je les ferai manger.
Et, hop ! Tout le monde "au lit". Pour Maurice, pas de problème, il est
"mignon" comme tout ! Dès que je l'appelle, il rentre "sagement"...
...Ah ! Ah ! Ah ! Pas tombé dans l'oreille d'un chat sourd !
Déjà, quand elle est rentrée du travail, vers 17h10, elle ne m'a pas vu
sur la chaise longue. Elle a un peu regardé sous la haie, pas trop. J'étais
bien planqué au milieu du feuillage. Elle pouvait toujours appeler. De toute
façon, à ce moment-là, elle n'a pas insisté. Elle a dit à mes deux gazelles
de soeurs : il doit faire "dodo" sous la haie, on va aller se promener, on le
réveillera après, et on le fera rentrer... Pfft ! L'espoir fait vivre...
Espérez un peu les femelles, miaulera bien qui miaulera le dernier !
En plus, d'abord, elle s'est pomponnée. Habillée comme quand elle nous
laisse parfois. Un peu. Et que mes deux idiotes de "soeurs" font une mine
de carême. Comme si le monde allait s'écrouler. Parce que leur "maman"
s'en va à une heure inhabituelle ! Elles sont si abruties que si on ne leur
dit pas toutes les dix minutes "elle est mignonne Marcella" ou "elle est
gentille Sloopy", elles perdent le goût de remuer la queue...
Bref, maquillage, coiffure, laisses aux cous des deux gourdes. Là voilà
partie "promener" ses chienchiens.
Je me doutais que la sortie serait courte. Elle avait hâte de partir avec
Christiane, à cause de ce truc de "danse orientale". Du grand n'importe
quoi sans doute. Comme d'habitude. Genre "restaurant", "cinéma", "faire
des courses". Concepts inconnus de moi. Donc temps perdu à coup sûr.
Ces deux-là me fatiguent à placer sans cesse des mots ineptes dans leur
babillage usuel.
Je surveillais le retour des "promeneuses". Du fin fond de la haie. Contre
le fameux grillage. Réputé "inviolable". Balivernes. Bêtises sans nom. J'y
grimpe à ce grillage. Je l'ai fait plein de fois quand elle n'était pas là, ou
croyait que je faisais "dodo". Je connais les pelouses des voisins. Les bacs
à fleurs du rez de chaussée. Sous lesquels on peut s'abriter, embêter des
lézards, surveiller les humains pressés. Qui rentrent et sortent de leurs
drôles de terriers.
Quand elles sont arrivées, je venais de mettre les voiles. Je l'entendais
appeler. Je jouissais. Adieu la "danse orientale", ma fille ! Tu peux couiner
tant que tu veux "Mauriçou, petit Mauriçou ! Viens Maurice, viens !".
Pas prêt "d'obéir" le Maurice ! Tiens, voilà que la Christiane s'en mêle.
Il ne doit pas être loin de 18H. Elle est sur son 31 elle aussi. Bon, ça
roule. Deux soirées gâchées au lieu d'une ! Non, l'autre va y aller quand
même. C'est sa fille après tout. Celle qui danse. Mais ma "maman", hein,
niet ! Bien fait !
Je la tiens, ma vengeance ! Dans toute sa splendeur.
J'attends avec impatience que Christiane s'en aille... Pour que ma
"maîtresse" reste seule avec son inquiétude ! Qui c'est qui commande ici ?
Pas elle en tout cas !
Ben vous savez quoi ? Elle y est allée quand même à sa "danse orientale" !
Quelque part, ça m'a vexé. Elle a dit "il va revenir, je suis sûre qu'il
sera là à notre retour". Bof, j'allais réfléchir à la chose. En attendant, je
me suis bien amusé ce soir-là. J'ai même visité le parking souterrain, qu'ils
croient protégé parce qu'il y a des grilles ! Foutaises !
Lorsqu'elle est rentrée, vers 3H du mat, j'étais effectivement là,
devant la baie vitrée. Nonchalamment assis. Depuis un moment, j'observais
Marcella et Sloopy. Qui roupillaient dans leurs paniers, ces deux grosses
vaches. Lorsqu'elle a ouvert la baie, j'ai pris mon temps. Fait semblant de
n'avoir aucune envie de rentrer. Pendant qu'elle se déshabillait. Puis bon,
comme j'avais un peu faim, et envie de dormir sur son lit, je me suis
décidé à remettre les pattes dans cet ersatz de maison.
Mais, il y a une chose dont je suis sûr : elle a dû se faire des cheveux à la
"danse orientale" ! Et elle n'a pas pu profiter vraiment de sa soirée. . .
Bien fait ! Et c'est pas encore assez ! Je lui en ferai d'autres !
L'avait qu'à pas m'attacher ! Quel culot ! M'attacher !
M'attacher ! Moi ! Maurice-Le-Chat !


DE RETOUR AU BERCAIL
P.S. Si vous voulez savoir comment je vivais avant, moi, Maurice-Le-Chat,
lisez par exemple : MAURICE ET LA PAGE HUIT

Le premier jour, elle m'a
enfermé dans le nouvel appartement.
Je ne me suis pas formalisé. Elle
m'avait déjà fait le coup, cet hiver,
à la montagne.
Le lendemain, je le savais déjà, avec
mille recommandations idiotes, elle
me laisserait sortir.
Même pas boudeur, j'ai profité de cette journée pour visiter par le menu
toutes les pièces.Bon, on a gardé les meubles d'avant, et elle m'a recréé
mes coins favoris, avec coussins, et tout ce qu'il faut. Correct.
D'après ce que je voyais par la baie vitrée, il y avait un dehors, avec une
pelouse, petite certes, mais entourée de haies, sous lesquelles faire
quelques siestes un peu tranquille.
Trois fois, ce jour-là, elle a sorti mes idiotes de "soeurs", remuant la
queue, piaffant de joie, ravies, ces imbéciles, qu'on leur mette une laisse.
Car il paraît qu'on est en ville. Je ne connais pas ce mot.
Le second jour, je la guettais d'un oeil. Elle a dit que j'allais visiter le
nouveau jardin. J'étais prêt. Depuis la veille, j'avais repéré un parterre à
gratter. Tout baignait.
Soudain, ce fut l'horreur. En une fraction de seconde.
Savez-vous ce qu'elle a fait ? Elle m'a "attaché" ! Mot terrible que je ne
connaissais pas. Un peu comme mes soeurs avec leurs laisses, sauf que là
c'était une très longue corde, bien ficelée au crochet du volet de la
cuisine.
Quelle installation mes aïeux. Tout ça à cause du "boulevard", où il y a
des voitures. Il paraît qu'il est "périphérique" en plus. Je m'en fous pas
mal.
Les voitures, je connais, même s'il n'en passait pas beaucoup chez nous,
dans le Lot. Elles ne me font pas peur ! ! ! Quant au "périphérique",
"boulevard" ou pas, je l'emm...
Bref, je me suis couché, et j'ai boudé et somnolé toute la journée sur
sa pelouse, soi-disant magnifique. Pour l'embêter, j'ai décidé de ne pas
manger. . .
Le soir, elle était désolée. Sûre que j'allais faire une dépression nerveuse.
N'importe quoi. Moi, Maurice-Le-Chat, faire une dépression ! ! !
Figurez-vous qu'au milieu de la nuit, quand elle a fini par s'endormir,
après m'avoir baratiné des heures que je devais être "mignon", qu'elle se
faisait beaucoup de souci pour moi, etc...donc quand elle a fermé les
yeux, je n'ai pas manqué d'aller discrètement grignoter une bonne rasade
de ces détestables croquettes, paraît-il bonnes pour les reins des vieux
chats, et qui coûtent un prix genre "la peau des fesses". Même qu'elle me
les met en hauteur, pour ne pas qu'une de mes deux gazelles de soeurs
ne les avale sans qu'elle ait "le temps de dire ouf".
Bon, le troisième jour, elle m'a détaché. Elle avait compris. Je suis sorti
nonchalemment, je voyais qu'elle m'observait. Elle a dit au téléphone à sa
soeur qu'elle me surveillait "comme le lait sur le feu". Encore des mots à la
noix de coco qu'elle affectionne.
Ce jour-là, j'ai été "mignon". Je la voyais qui regardait à travers la vitre.
J'ai fait mon sage, un peu fureté dans les coins, un peu gratté la terre,
puis je me suis choisi un coin sous la haie, là où la terre est chaude et ma
tête à l'ombre. Elle semblait ravie. Tant mieux. Plus tard, elle allait voir
ce qu'elle allait voir...
Elle m'avait attaché, moi, Maurice-L'Explorateur.! Je me vengerai ! En
temps utile... Et, croyez-moi, je l'ai fait ! ! !
A SUIVRE . . .
Pour le défi d'Evy ( N°149 )
BLOG " PLUME DE POETE ET SES DEFIS"
http://plume-de-poete.over-blog.com/
Thème : Vous souvenez-vous ?
. . . D'un grand moment de votre vie,
mais aussi de ces petits riens . . .

Quand Maurice-Le-Chat était jeune, du vivant de mes parents,
lorsque j'allais passer quelques jours chez eux, je l'emmenais.
Il lui arrivait de disparaître dans la journée, mais en règle générale, on
le retrouvait vite. Furetant parfois dans un coin de la cour. Inspectant du
bric-à-brac sous l'abri en tôles. Ou souvent à la cave. Elle était très
vaste et encombrée, mais ma mère n'avait pas son pareil pour l'y dénicher.
N'y descends pas, lui disions-nous, depuis le temps qu'on l'appelle, il n'y
est pas, c'est sûr. Il serait venu ! Elle s'entêtait, et on la voyait revenir,
assez vite, serrant fièrement le chat dans ses bras.
Et il se laissait faire, lui, le sauvage, qui acceptait si peu de bras...
Une fin d'après-midi, ouvrant la porte de la terrasse, elle poussa un cri.
Maurice venait de déposer à ses pieds un gros pigeon, hélas tout à fait
mort. Elle en fut bien ennuyée, le voisin avait un pigeonnier, et il n'y avait
guère de doute sur la provenance de l'animal.
Elle était en même temps très émue, le chat la regardait avec adoration,
et elle savait que ce cadeau était pour elle.
Les jours suivants, elle surveilla de près Maurice, pour éviter toute
récidive.
Cela lui fut facile, il ne la quittait pas d'une semelle. Ils faisaient la sieste
ensemble l'après-midi, elle disait que ses ronrons la berçaient.
Une fois, pourtant, à son réveil, elle ne le trouva pas blotti contre elle.
On chercha, on appela. Elle inventoria la cave, sans résultat...
Bien qu'il sembla impossible que le chat ait quitté la maison, les portes
étant toutes fermées, elle alla discrètement "zieuter" dans le jardin du
voisin... Rien...
Ce fut mon père qui le trouva. Dans le lit des poupées, qu'il avait fabriqué
lui-même tant d'années auparavant. Le baldaquin parfaitement fermé ne
laissait rien voir, nous affirma-t-il.
Maurice s'était faufilé sans rien déranger. Les deux pans du rideau avaient
repris leur place après son passage.
Papa avait pensé à ce lit, se disant :
"Si j'étais un chat, où aimerais-je faire la sieste ? "
Voyant tout en ordre, il n'avait écarté doucement le rideau que par acquit
de conscience. Il aurait été bien dommage qu'il ne l'ait pas fait, non pour
Maurice, qui aurait fait sa réapparition en fin d'après-midi, mais pour
nous tous.
Un doigt sur la bouche, mon père vint nous chercher. Et l'on contempla
Maurice, d'habitude si vigilant, dormant, en toute confiance, dans le lit des
poupées... Indifférent à tout, au comble du bonheur...
Papa referma doucement le rideau sur ce spectacle, et nous sûmes
tous que cette image, si simple, resterait gravée dans notre esprit.
Parmi les petits moments de douceur dont on aime se souvenir...

Cacao.
(Article précédemment publié en février 2012,
mais correspondant au thème de ce défi d'Evy.)