Photo Thibaud Mischler, dit Winter Snow
La Page Huit poursuivait agréablement ses vacances à la
campagne, qu'elle animait considérablement. Son arrière grand-mère et le chat
Maurice sursautaient souvent sur son passage, mais elle savait aussi les enjôler.
Si bien que dans la chaleur de l'été, des jours tranquilles, remplis de tous petits
bonheurs, coulaient doucement.
Le soir, après dîner, on allait jusqu'au cimetière. On n'avait aucun mort à visiter.
On allait y chercher Maurice. A cette heure-là, c'était son territoire.
Les chats se plaisent en ces lieux, y trouvant sans doute de petites proies...
Ou pour des raisons mystérieuses et obscures, qui leur appartiennent...
Le mien aime s'allonger le soir sur les pierres tombales encore chaudes.
Lorsqu'on l'appelle, il ne se presse pas. On ne rentre pas dans le cimetière, sauf
s'il tarde vraiment. On suppose juste qu'il y est.
Le jeu consiste à siffler plusieurs fois, comme un merle, le long du chemin, puis à
écouter une réponse lointaine. Qui vient vite, ou pas.
En général, on entend un miaulement léger, puis qui se rapproche, jusqu'à ce
qu'on arrive vers le haut mur du cimetière. On s'assied sur le banc, en face.
Et l'on attend, plus ou moins longtemps, les yeux fixés sur le sommet.
Le chat ne miaule plus, on se demande si on a rêvé l'avoir entendu...
On écoute le silence, en surveillant le mur. Tout le long du mur. Ne sachant
jamais où il va apparaître. Les paris sont presque toujours mauvais.
Dans combien de minutes ? A quel endroit ? Devra-t-on resiffler un peu ?
La Page Huit se trémousse, dans la joie et l'inquiétude de l'attente.
On fait mine de désespérer, parlant de rentrer. Elle insiste pour rester :
" Encore un petit moment, s'il vous plaît, je suis sûre qu'il va venir. "
Elle siffle à son tour, jure qu'elle perçoit un petit miaulement. On prétend ne
pas avoir entendu. D'ailleurs, il n'y a plus rien.
Et soudain, sur le mur noir, apparaît une silhouette sombre, qui se découpe dans
le couchant, et qui nous fascine. Maurice est là. La Page Huit se tait.
Il ne faut pas le brusquer, ou chercher à l'attraper. Seulement dire, d'un ton
indifférent : " Tu viens Maurice ? "
Puis repartir vers la maison, sans trop se retourner, ou alors discrètement.
Il suit à distance. Si on le regarde, il s'arrête, subitement intéressé par quelque
chose dans les herbes.
Alors on rentre, on le laisse faire. Devant la maison le dernier jeu consiste à dire :
" Mais où est donc le petit Maurice ? Il n'est pas là ce chat ? "
Ces mots ont le don de le faire jaillir de la nuit, miauler, puis minauder.
La Page Huit peut alors annoncer, raisonnablement fort, et sur un ton de
plénitude :
"Il est là, Maurice ! "
Il ronronne et roucoule. Elle jubile.
On dirait que tous deux dansent de joie. Puis il attend, elle le nourrit, le caresse.
Il se frotte à ses jambes, vient dans les nôtres. S'installe sur le muret, se lèche
tranquillement. On s'assied un peu dehors, à prendre le frais et à le regarder.
Il nous surveille un moment. Vérifie que les choses sont en ordre.
On ne sortira plus ce soir. Il nous a ramené au bercail.
C'est nuit noire. Le moment est venu pour lui.
De disparaître vers d'autres aventures.
A DEMAIN . . .
DANS LE SOUS - MARIN . . .
( A SUIVRE ... )