Certains soirs, parce que la Page
Huit avait crié trop fort, en jouant
dans le jardin, ou parce qu'il avait
mieux à faire, Maurice ne rentrait
pas. Ni le lendemain matin.
Ni le soir suivant ... On se mettait
alors en quête de lui, à travers
prés et champs, aux alentours...
On savait où chercher...On finissait
toujours par trouver...
On se faisait peur, se persuadant qu'il n'avait rien mangé depuis deux
jours. Ce qui était faux, on le savait bien. Comme tous les mulots du coin.
Et tous les petits lapins. Car Maurice-
Le-Cruel guettait les naissances devant les terriers. Il y passait des journées et
des nuits entières. Pas malheureux du tout. Surexcité au possible. Nous faisions
tout pour le dissuader, et sauver quelques lapins.
Oui, le côté obscur de Maurice se révélait l'été. Poussé par son instinct, il
devenait serial-killer. De cela, nous ne disions mot à la Page Huit. Elle avait trop
haute opinion de lui, à quoi bon gâcher la fête.
Lorsque nous étions en "grave"quête du chat, elle avait ordre de ne pas bouger
de la maison. Elle faisait donc la lecture à son arrière-grand-mère, pour montrer
sa sagesse. Ce sont d'habitude les mamies qui lisent des histoires aux enfants
pour les endormir. La Page Huit préférait le contraire.
Peut-être dans l'espoir d'endormir la mamie. Qui avait grande patience pour
l'écouter lire, à sa façon, et en boucle, toujours les mêmes histoires. Ses
préférées.
Les mêmes...pas tout à fait. Car ce qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer, La Page
Huit l'inventait, n'hésitant pas à changer de version, d'un soir à l'autre. Ce qui
enchantait son arrière-grand-mère.
Si toutefois elle entendait tout.
" Cette enfant lit très bien, disait-elle."
... Or donc, ce soir-là, nous avions enfin trouvé Maurice. A grands renforts de
tintements de cuillère dans les prés. Sûrs qu'il ne voudrait pas rentrer, nous
venions de lui ouvrir sur place une boîte de pâtée. Le bruit du couvercle qui
saute l'intéressait toujours. Il allait condescendre à manger un peu dans son
bol, juste pour faire plaisir à ses "parents".
C'est le moment que choisit La Page Huit pour surgir en hurlant :
-- Venez-vite ! Venez-vite !
Comme elle ne semblait ni blessée, ni franchement inquiète nous lui dîmes :
-- Mais enfin, pourquoi cries-tu comme ça ! Alors qu'on t'avait recommandé
d'être calme pour ne pas faire fuir Maurice !
-- Ah ! C'est parce que c'est trop grave ! Mamie m'envoie vous dire que les
toilettes sont bouchées, et qu'il y a un crapaud dans la cuisine !
A CET APREM ' . . .
SUR MON TANDEM . . .