
Je vous préviens, moi, Maurice-Le-Chat, je ne veux pas que Sloopy aille
sur ma chaise longue bleue. Cette affaire finira mal. Je ne l'ai pas vue, mais je
sais qu'elle y est allée. J'ai senti son odeur, et j'ai vu les poils noirs qu'elle a
laissés.
Cette nouvelle petite chienne qu'elle a adoptée a un culot !
Ce n'est pas ma première petite soeur-chienne Marcella qui se serait permis d'y
monter. Cette chaise longue est à moi. Elle est en métal bleu, un peu rouillé.
Avant, elle était à eux. Maintenant, elle est à moi.
Même l'hiver, on la laisse sur la terrasse. Et dès qu'il y a un rayon de soleil, et que
j'en ai envie, on me déplie le vieux coussin bleu, tout délavé, qui m'appartient
personnellement. Il y en a eu un autre, précédemment, je n'ai pas aimé quand
ils me l'ont changé pour celui- là. Ils l'ont bien compris. J'ai fini par m'y habituer.
Ils se sont bien gardé de récidiver.
Alors, attention ! Je ne veux pas que Sloopy remonte sur cette chaise longue !
Que cela ne se reproduise pas.
Marcella sait que, lorsque je m'absente, elle a intérêt à surveiller. D'ailleurs, elle
le fait ! Je la vois de loin, qui se couche devant ma chaise longue, faisant rempart.
Savez-vous que cette dévergondée de Sloopy, un jour, a essayé de monter sur
mon fauteuil, dans la maison ! Alors qu'elle en a un pour elle !
Comment que je lui ai volé dans les plumes ! Elle ne s'est jamais avisée de
recommencer, croyez-moi !
Alors qu'elle se méfie, la gazelle ! Je l'aime bien quand même. Mais qu'elle soit
prévenue : si jamais je la prends à essayer, je dis bien essayer, de monter sur
ma chaise longue, il va y avoir du sang ! Elle saura comment je m'appelle !
Je ne veux pas que Sloopy aille sur ma chaise- longue.
Parce que c'est ma chaise-longue. Un point, c'est tout.