
Le premier jour, elle m'a
enfermé dans le nouvel appartement.
Je ne me suis pas formalisé. Elle
m'avait déjà fait le coup, cet hiver,
à la montagne.
Le lendemain, je le savais déjà, avec
mille recommandations idiotes, elle
me laisserait sortir.
Même pas boudeur, j'ai profité de cette journée pour visiter par le menu
toutes les pièces.Bon, on a gardé les meubles d'avant, et elle m'a recréé
mes coins favoris, avec coussins, et tout ce qu'il faut. Correct.
D'après ce que je voyais par la baie vitrée, il y avait un dehors, avec une
pelouse, petite certes, mais entourée de haies, sous lesquelles faire
quelques siestes un peu tranquille.
Trois fois, ce jour-là, elle a sorti mes idiotes de "soeurs", remuant la
queue, piaffant de joie, ravies, ces imbéciles, qu'on leur mette une laisse.
Car il paraît qu'on est en ville. Je ne connais pas ce mot.
Le second jour, je la guettais d'un oeil. Elle a dit que j'allais visiter le
nouveau jardin. J'étais prêt. Depuis la veille, j'avais repéré un parterre à
gratter. Tout baignait.
Soudain, ce fut l'horreur. En une fraction de seconde.
Savez-vous ce qu'elle a fait ? Elle m'a "attaché" ! Mot terrible que je ne
connaissais pas. Un peu comme mes soeurs avec leurs laisses, sauf que là
c'était une très longue corde, bien ficelée au crochet du volet de la
cuisine.
Quelle installation mes aïeux. Tout ça à cause du "boulevard", où il y a
des voitures. Il paraît qu'il est "périphérique" en plus. Je m'en fous pas
mal.
Les voitures, je connais, même s'il n'en passait pas beaucoup chez nous,
dans le Lot. Elles ne me font pas peur ! ! ! Quant au "périphérique",
"boulevard" ou pas, je l'emm...
Bref, je me suis couché, et j'ai boudé et somnolé toute la journée sur
sa pelouse, soi-disant magnifique. Pour l'embêter, j'ai décidé de ne pas
manger. . .
Le soir, elle était désolée. Sûre que j'allais faire une dépression nerveuse.
N'importe quoi. Moi, Maurice-Le-Chat, faire une dépression ! ! !
Figurez-vous qu'au milieu de la nuit, quand elle a fini par s'endormir,
après m'avoir baratiné des heures que je devais être "mignon", qu'elle se
faisait beaucoup de souci pour moi, etc...donc quand elle a fermé les
yeux, je n'ai pas manqué d'aller discrètement grignoter une bonne rasade
de ces détestables croquettes, paraît-il bonnes pour les reins des vieux
chats, et qui coûtent un prix genre "la peau des fesses". Même qu'elle me
les met en hauteur, pour ne pas qu'une de mes deux gazelles de soeurs
ne les avale sans qu'elle ait "le temps de dire ouf".
Bon, le troisième jour, elle m'a détaché. Elle avait compris. Je suis sorti
nonchalemment, je voyais qu'elle m'observait. Elle a dit au téléphone à sa
soeur qu'elle me surveillait "comme le lait sur le feu". Encore des mots à la
noix de coco qu'elle affectionne.
Ce jour-là, j'ai été "mignon". Je la voyais qui regardait à travers la vitre.
J'ai fait mon sage, un peu fureté dans les coins, un peu gratté la terre,
puis je me suis choisi un coin sous la haie, là où la terre est chaude et ma
tête à l'ombre. Elle semblait ravie. Tant mieux. Plus tard, elle allait voir
ce qu'elle allait voir...
Elle m'avait attaché, moi, Maurice-L'Explorateur.! Je me vengerai ! En
temps utile... Et, croyez-moi, je l'ai fait ! ! !
A SUIVRE . . .